Greg Lamazères
Greg
Lamazères
Journaliste, écrivain

« Heartbreak Hotel »

Ce vieux barde de Neil Young, qui a été l’idole des babas cool mais aussi le parrain du grunge et vient d’interdire à Donald Trump d’utiliser sa chanson Rockin’ in the Free World dans la campagne électorale américaine, est annoncé au Zénith le 21 juin. C’est la tournée de son dernier album anti-Monsanto, avec les fils de Willie Nelson. En 1995, le Canadien signait la musique du western en noir et blanc de Jim Jarmusch, Dead Man, et les accords de guitare qu’il plaque sur les tribulations existentielles d’un comptable qui porte le nom du poète fou William Blake (incarné par Johnny Depp), sont tout bonnement électrisants. Curieusement, on entend quelques-uns de ces riffs ponctuer La Musica Deuxième, dans la mise en scène de Francis Azéma, avec lui-même et sa partenaire de longue date Corinne Mariotto. Il n’y a pas de mort dans la pièce de Duras, même si la conversation de ce couple qui vient de divorcer et se retrouve dans le hall d’un hôtel, la gorge nouée, fait craindre le pire. Un divorce, ce n’est pas seulement une seconde signature au bas d’un document administratif.

 « Les hommes et les femmes, toute une histoire, souvent une comédie amère et parfois un cauchemar »

Il y a des plaies qui saignent, remuent la vase et ouvrent des gouffres. Michel fume et lance des attaques, à voix basse ; Anne-Marie se tient raide, les yeux humides et sa voix profonde fait dresser les poils. On ne sait rien de leur histoire mais la conversation hachée, pleine de non-dits, nous donne des indices. Ils ont l’un et l’autre, à nouveau, quelqu’un dans leur vie. Les adieux vont être définitifs et, pourtant, Michel sent qu’il y a toujours quelque chose entre eux, comment pourrait-il en être autrement ? Elle dit : « Regarde-moi, je suis la seule qui te soit désormais interdite. (…) Lui : Mais si jamais toi et moi de nouveau… Elle : Ce jour-là, on mourra sans doute comme font les amants. » Les hommes et les femmes, toute une histoire, souvent une comédie amère et parfois un cauchemar – il y en a plein les chansons, les romans, les films, les pièces de boulevard et nous le vivons chaque jour. Duras a écrit deux versions de sa pièce en un acte, à dix ans d’intervalle, 1965 et 1985. Et, dix ans après la création de leur propre Musica Deuxième, Azéma et Mariotto, qui ont vécu, ri et souffert entre-temps, reprennent les personnages dans un spectacle « sans mémoire », avec simplement une « patine ». Neil Young chantait : « Only love can break your heart. »

 

La Musica Deuxième, de Marguerite Duras

Théâtre du Pavé, 34 rue Maran, 4-17 mars

 


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