Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

Guignols et compagnie.

Cette semaine tout le monde s’énerve, encore, contre la suppression ou la programmation en crypté des Guignols de l’info. Que de cris conjugués pour défendre la liberté d’expression mise à mal par un méchant capitaliste. Bon les méchants capitalistes massacrent la Grèce et financent l’Etat islamique mais France Inter ne peut pas s’intéresser à tous les combats, alors ils ont choisi : défendre les Guignols. Tout le monde aime bien les Guignols. C’est une sorte de madeleine de Proust un peu molle. Comme le vieux tonton qu’on voit de temps en temps et qui sort de vieilles blagues usées qui faisaient marrer tout le monde en 1987. Les Guignols c’est rassurant. On rentre le soir après une journée de merde, on s’ouvre une petite binouse et on oublie nos soucis devant le rien qu’ils développent depuis une petite décennie. Des fois on ricane. Quand ils font parler Chirac. On se rappelle alors que dans les années 90 ils étaient drôles. Cette peur de voir les Guignols disparaitre c’est un peu notre peur de ne rien trouver de mieux. Alors comme on a peur de ne pas être à la hauteur et bien on continue à s’abrutir devant d’anciens héros devenus au mieux fadasses. La peur d’y arriver. La peur de faire mieux.

« Ceux qui défendent la liberté d’expression ne passent pas en prime time sur Canal »

La peur de faire confiance aux nouveaux talents, aux nouveaux esprits, à ce vent de fraicheur et d’intelligence qui souffle sur notre pays. Mais non, mieux vaut fermer nos fenêtres, allumer Canal et se dire que les Guignols sont irremplaçables. Et puis comme ça on se souvient de l’été que l’on vient de passer et des festivals qui nous ont vendu des sandwichs pour aller applaudir de vieilles célébrités et des groupes pas même installés mais qui préfèrent vendre une soupe dépassée depuis vingt ans. Nous n’avons tellement plus confiance en nous que nous en arrivons à oublier que nous serons toujours capables de produire des choses extraordinaires. Que les jeunes artistes crèvent la gueule ouverte quand nous préférons arroser d’euros et de pétitions des auteurs qui ne produisent plus rien. Pourtant programmer des artistes émergents (et qui ne vendent pas la même soupe à danser festivalière que leurs prédécesseurs) serait une vraie défense de la liberté d’expression. Sauvons les Guignols ! Sauvons la liberté d’expression ! Sauver la liberté d’expression ? Vous pensez sérieusement que les Guignols de l’info défendent la liberté d’expression ? Ceux qui défendent la liberté d’expression ne passent pas en prime time sur Canal. Ceux qui défendent la liberté d’expression ne se contentent pas du moyen et de contrats longue durée. Ceux qui défendent la liberté d’expression n’ont pas peur d’être déprogrammés par une maison mère en mal d’audimat. Ils cherchent et trouvent leur chemin, dans l’ombre de ceux qui vendent la soupe du groupe Canal. Gill Scott Heron chantait « la Révolution ne sera pas télévisée. » La Révolution a quitté les locaux de Canal depuis vingt-cinq ans. La Révolution permet rarement de vendre de l’espace publicitaire. Mais il reste Groland alors tout va bien de toute façon ! La caution gauchiste d’une chaine à trente euros par mois à encore de beaux jours de Guso devant elle. Alors ? Banzaï ? Non merci.

 


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