FN : La supposique de la tache de gras

 

Rapporter, c’est pas beau. Mais y’en a des, qui en ont fait leur métier. Lundi au tribunal de Toulouse,  Pascal Pallas rédacteur en chef de l’hebdo Voix du Midi, passait au tourniquet pour « diffamation ». En novembre 2013, ce malotru a eu l’odieuse idée de raconter la présumée (il faut dire comme ça, présumée, page 1 du Manuel) mésaventure du couple Portheault. Lui, colleur d’affiches ; elle, tête de liste. En piste tous les deux aux municipales de Saint-Alban pour faire gagner la liste FN en 2014. Sur le papier, tout baigne. Mais dans les réunions, Nadia Portheault née Djelida aurait cru entendre (ça aussi, c’est bon ; page 2 : le conditionnel) des voix susceptibles d‘être porteuses de discrimination supposée (le propos doit être « mesuré, ni imprudent, ni inventif »). Alors, les tourtereaux osent s’indigner quand un militant se dit présumiquement « fier d’être un fils de nazi » et admire son frère supposément « tatoué d’une croix gammée sur le corps ». Le couple a sa façon d’interpréter les choses : « entre la vitrine et l’arrière-boutique spécialisée dans les vannes vaseuses sur les homos et les arabes ce n’était plus supportable », et quittent le FN quand Nadia, qui prétend garder son nom de jeune fille, se serait entendu dire :  « Toi et tes enfants vous êtes bons pour le four ». Ils courent répéter toute cette présumatique à Pascal Pallas, qui prend soin d’appeler le responsable départemental du FN visiblement peu ébranlé par ces propos suppositoires : « Dans tous les groupes humains il y a forcément des débordements, et on ne peut pas contrôler tout le monde ». Et il se rendort. Mais, paf : la direction nationale du FN porte plainte pour diffamation.

 « Rapporter, c’est pas beau »

Un juge instruit, et il tranche : « Le cadre général de l’article (…) qui évoque le décalage entre le discours de sa Présidente et de la base militante sont des éléments qui paraissent déterminants pour dire que le Front National était visé par les imputations diffamatoires ». Et toc dans le Bic, Pallas. On ne rapporte pas.  Cher confrère, une leçon d’histoire s’impose. C’était il y a un autre siècle, un certain Charlie Martel se faisait aussi appeler Jean-Marie Golade, ou quelque chose comme ça, pour nous sortir plein de vannes qui lui ont valu plus d’une dizaine de condamnations comme autant de points de détail sur un casier judiciaire suintant le mépris. Mais c’était avant, avant que sa fille Hiltrude ne file en Bavière, un pays plein de culottes de cuir et de chansons dont son père a fait des disques qui lui vaudront une condamnation pour « apologie de crimes de guerre ». Tout cela est bien lointain et n’a sûrement pas servi de substrat au Front National. Cette culture, c’est du passé. Laisser imaginer, même présumatiquement, que de telles vilenies aient pu se répandre comme une tache de gras dans la tête de fidèles crétins, que ce modèle du rejet aurait pu laisser des traces : c’est de la supposique, et donc diffamatoire. Mais toi, tu y as cru. Imagine que ces  délits, car ce sont des délits, aient été seulement plausibles. Tout à sa célérité, le juge n’aurait pas manqué d’alerter le parquet. Mais rapporter, c’est pas beau.

 


2 COMMENTAIRES SUR FN : La supposique de la tache de gras

  1. Gascon dit :

    as-t-il été condamné?

    • Ph.Motta dit :

      Réponse le 26 février.

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