Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Il y a d’abord (parce que c’est devenu un rituel et une manière agréable d’être, chacun à sa manière, un « Renan »), ces douze millions de visiteurs aux Journées du Patrimoine qui découvrent monuments, lavoirs, châteaux forts ; l’inconscient collectif expliquant l’empressement du public pour les Lumières, le XVIII° siècle, tous les monuments représentatifs de la grandeur de la France. Comme si le patrimoine était une des façons de chausser les bottes de ceux qui ont précédé les visiteurs et d’inscrire les lieux de mémoire en lieux de vie, au moment même où « la révolution industrielle » proposée par Hollande doit propulser l’économie française dans un avenir lointain parfois aux frontières de la quatrième dimension. Moment de joies, innovante et patrimoniale, saisi par Marcel Gauchet pour s’interroger notamment sur la maladie dont souffre la France : « Nous sommes le peuple le plus pessimiste de la planète, les champions du pessimisme pour l’avenir du pays ; mais les Français restent optimistes pour eux-mêmes. » Il ajoute « que la France est un pays qui a peur du changement vécu comme un danger potentiel ; toute réforme étant donc nécessairement mal accueillie. » Considérant que nous vivons dans une société « qui déteste l’argent et a le goût de l’égalité, « notre héritage » fait de nous des inadaptés par rapport à un monde qui dévalorise ce que nous sommes portés spontanément à valoriser et qui porte au premier plan ce que nous regardions de haut. » Quant au Président Hollande, il y en a « deux » : « Un Hollande qui ferait un observateur remarquable et un Hollande opportuniste dans l’action. » Surtout après son interview de Dimanche soir.

Moment choisi aussi par les médias, de manière de plus en plus récurrente, surtout après les déclarations de Fillon et de J.M. Le Pen (soutenant le bijoutier de Nice) pour s’intéresser à l’offensive de Marine Le Pen faisant l’objet d’un sondage paradoxal : si 78 % des Français se sentent très proches des idées de Marine Le Pen, 65 % ont une mauvaise opinion d’elle, 67 % ne voteraient pas pour elle aux Présidentielles. Commentaire du politologue Pascal Perrineau : « Le FN a d’autant plus la capacité de brouiller le jeu que la barre d’accès au second tour pour les municipales, 10 % des votants, est moins élevée que pour les législatives… Le FN garde un problème de crédibilité sur le terrain économique et celui de la gestion. » Pour le philosophe Marcel Gauchet, « les extrêmes vivent des questions que les partis de gouvernement laissent an jachère. Ce n’est pas parce qu’ils y apportent des solutions absurdes ou démagogiques que les questions n’existent pas. » Et de nous prédire un avenir consistant en un « blocage de notre système politique suffisamment fort pour qu’il soit impossible de gouverner avec lui que sans lui à droite. » Reste à savoir ce qu’il en sera aux Municipales car les situations de triangulaires ne relèvent pas de l’imaginaire politique mais de la réalité et peuvent conduire le FN à arriver en tête et à emporter la mairie (comme Orange, Marignane et Toulouse en 1995 ; comme en 1997 à Vitrolles). Force marginale en 2008 aux Municipales, force perturbatrice aux cantonales de 2011, le FN est crédité de scores hauts, comme lors de Présidentielles au premier tour. Décidément les Municipales vont être… passionnantes !

 

Stéphane Baumont


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