Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Même non officiellement commémorée – la première année d’un quinquennat n’est qu’une étape dans le cursus d’un Président et d’un gouvernement – chacun, dans ses chroniques ou dans le bilan proposé, s’accorde à reconnaître que cette première année a été une année terrible où les principaux paris du Président ont été perdus : la « présidence normale » (une forme de « Renécotysation » de la fonction) n’a pas survécu à l’été 2012, à l’accélération de la crise et à l’impopularité croissante qui a véritablement plombé le temps présidentiel (75 % d’opinions négatives conduisant à s’interroger sur la possibilité de la capacité à gouverner en étant aussi impopulaire) ; incapacité d’avoir une dyarchie Président-Premier ministre, chacun des deux semblant être dans l’impossibilité d’offrir autre chose qu’un flou du discours rendant les politiques publiques impressionnistes et la communication de crise impossible pour le moment ; efforts vains pour réorienter l’Europe vers la croissance (et comme cadeau d’anniversaire de Bruxelles, un délai de deux ans accordé à la France pour revenir sous la barre des 3 % en échange de réformes structurelles alors que les prévisions de la Commission sont de 4,2 % du PIB en 2014, bien supérieurs aux 2,9 % promis par Pierre Moscovici) ; efforts vains également pour enrayer le chômage (depuis mai 2012, 900 chômeurs de plus par jour sont venus s’inscrire à Pôle Emploi – ils sont cinq millions -) malgré les emplois d’avenir ou l’accord du 11 janvier 2013 ; rendant tout à fait utopique la promesse présidentielle d’inversion de la courbe du chômage avant fin 2013. Seuls éléments à mettre au crédit du Président : la guerre du Mali, faisant de Hollande un chef de guerre réactif dans la tradition de la V° République, l’accord sur la « flexisécurité » le 11 janvier 2013, la loi « sociétale » sur le mariage homosexuel suscitant néanmoins la cristallisation oppositionnelle des « anti » très mobilisés dans la rue au point de remobiliser un électorat catholique peu enclin habituellement à la manifestation. Dans ces conditions et avec un tel bilan, comment le Président peut-il agir sans légitimité sondagique et médiatique ? Comment l’homme de « la synthèse » au PS ne peut-il la réaliser à la gouvernance de la France ; comment un Politique si fondamentalement hostile aux conflits s’y prend-il pour les susciter systématiquement ? Comment « Monsieur 75 % » (c’est ainsi qu’il est surnommé à cause du nombre de chômeurs, la courbe de popularité étant indexée sur celle du chômage) peut-il remonter cette pente quand les sondages montrent que les attributs présidentiels classiques (compétence, autorité et capacité de rassemblement) ne lui sont pas reconnus ? Combien de temps cela peut-il tenir ?

La réponse est-elle dans la manifestation du 5 Mai avec un « Mélenchon » « boulangiste et populiste appelant à manifester contre la finance, contre l’austérité et pour la VI° République » ; dans le fait que 78 % des Français rêvent d’un gouvernement d’union nationale dans une sorte de « politique au pays des merveilles » que François Bayrou habiterait éventuellement ; dans la déclaration de Jean-François Copé, considérant que « la France a besoin d’un nouveau 1958 » (fin de la IV° et naissance de la V°) et donc peut-être là aussi d’une VI° République. Quelle réponse donner à l’effet de souffle de l’affaire Cahuzac et maintenant de l’affaire Guéant sur la respiration républicaine de notre démocratie ? Faut-il en appeler à une Constituante parce que, comme le souligne Edwy Plenel, la VI° République est la conséquence évidente et logique face « à un pouvoir exécutif tétanisé, immobile ou complice ; un pouvoir parlementaire coalisé sans confrontation ni opposition ; un pouvoir judiciaire attentiste » ? Pouvons-nous laisser encore longtemps sans réaction une démocratie « fatiguée, épuisée, dévitalisée, impuissante et inconsciente » où semble s’inscrire le titre de la pièce de théâtre de Samuel Beckett : « Fin de partie ».

 

Stéphane Baumont


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