Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Fin de l’histoire

Décidément, nous allons de best-seller en best-seller dans le monde politico-médiatique puisqu’après la compagne du Président, c’est autour du journaliste Éric Zemmour que se tournent micros et caméras avec le succès de son ouvrage intitulé « Le Suicide français ». Assistons-nous à un coup de marketing parfaitement réussi ? À un indicateur de l’état de la société française ? Y a-t-il, comme l’affirment ses opposants, un flirt évident avec l’extrême droite ? Y a-t-il volonté de provocation dans le cadre de ce qu’il faut désormais bien appeler la « politique-spectacle » ? Il y a, en tout cas, dans et par cet ouvrage – déjà populaire avant que d’être lu, peut-être à cause du titre – le reflet des mouvements profonds de la société française, la victoire des « complotistes », la volonté de critiquer le politiquement correct, la bien pensance et, bien sûr, la fameuse « pensée 68 ». Éric Zemmour dénonce « les forces souterraines des technocrates bruxellois, de la mondialisation, du « lobby » homosexuel, des féministes, des élites, des étrangers, des immigrés, des « minorités visibles », des musulmans » ; bref, le journaliste donne une explication globale de tous les maux français. Une idéologie de remplacement pour éviter « la défaite de la France ».

« Zemmour dénonce les forces souterraines »

Pourquoi donc l’immédiateté d’un tel succès éditorial ? Parce que, comme le souligne le journaliste du Monde, Luc Bronner, « à travers le récit du déclin national, c’est le spectre du déclassement individuel qu’il agite, cette grande angoisse qui taraude les Français et explique une grande partie de nos crispations sociales, culturelles, économiques et identitaires ». Tout cela – auquel on doit ajouter l’effroi devant la pandémie d’Ébola avancée et annoncée – au moment où le philosophe Francis Fukuyama (l’auteur de « La Fin de l’histoire » en 1989) revient sur sa thèse en publiant un ouvrage intitulé « Ordre et décadence politique : de la révolution industrielle à la globalisation démocratique ». L’universitaire s’attaque au modèle américain (non attractif sur le plan politique), condamne la « vetocratie », modèle politique où le blocage devient un mode de « non gouvernement », et souligne que « le problème d’aujourd’hui n’est pas seulement que les pouvoirs autoritaires soient à la manœuvre mais que beaucoup de démocraties ne se portent pas bien ». Et de comparer le monde à un escalator vers le Graal, le glorieux modèle danois. Sommes-nous donc en train d’assister à deux phénomènes ? La fin de la « Fin de l’histoire » au niveau mondial, et « l’histoire est loin d’être finie » au niveau national, entre ceux qui enveloppent la nation du manteau et de la tunique du déclin et de la décadence et ceux qui semblent en être déjà au stade ultime de la fin : le suicide.


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