Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Fin de la 5ème ?

 

 

Au hasard des parutions éditoriales qui dessinent aussi, à leur manière, le paysage politique à moins de deux ans de la fin du quinquennat, trois auteurs ont décidé de pousser un cri d’alarme. Il y a d’abord le Professeur Dominique Rousseau, adepte de la “démocratie continue” et du constitutionnalisme comme “humanisme” qui souhaite « radicaliser la démocratie » pour mieux faire bouger les lignes de la 5ème République. Ensuite, il y la journaliste G. Ottenheimer dressant un réquisitoire contre “le poison présidentiel” et dénonçant (comme Duverger en 1962 !) « la monarchie républicaine ». Et pour finir signalons l’écrivain A. Jardin, “zèbre parmi les zèbres”, qui tente de réactiver médiatiquement le “radicalisme des comités” cher à Albert Thibaudet. Trois auteurs, trois livres, trois essais politiques où chacun rend la 5ème République responsable de tous nos maux. Pour G. Ottenheimer, c’est l’élection du Président de la République au suffrage universel direct qui est à la racine du mal français ; elle dénonce avec virulence notre système semi-monarchique « sclérosé, moribond, impuissant » sans pour autant se faire la porte-parole ou la nouvelle “passionaria” de la future 6ème République. Pour Alexandre Jardin « il n’est pas question de laisser la fille Le Pen capter la révolte française » mais bien de fustiger « l’élection présidentielle, ses chèques en blanc, ses marchés de dupes », et de relancer, comme à CANAL +, son mouvement “Bleu, Blanc, Zèbre” accompagné des écharpes tricolores des maires d’un terroir disant NON à une 5ème République contestée et contestable.

« Il n’est pas question de laisser la fille Le Pen capter la révolte française »

Pour D. Rousseau « les structures classiques de la démocratie représentative craquent : partis politiques sans adhérents, défiance à l’égard des élus du peuple, désenchantement vis-à-vis du politique et des hommes politiques, abstention massive, mode de scrutin qui prive de représentation 40% des électeurs (!) ». Nous sommes au cœur ardant d’une profonde crise systémique « qui impose de changer de pensée politique » et peut-être même d’inventer une nouvelle “théorie politique”. Et le Professeur Rousseau de revenir à ses “marottes” de la démocratie constitutionnelle et de dépasser la “démocratie intermittente” pour inventer une “démocratie continue” qu’il faudrait déployer entre deux moments électoraux. Faut-il dès lors supprimer l’élection présidentielle, toucher à la “sacro-sainte” table de la loi de 1962, retoucher la version gaullienne des Institutions ? Il faut simplement pour ces trois auteurs “la rendre inoffensive”, refonder radicalement le système des pouvoirs, “désactiver” peut-être la fonction présidentielle au profit du Premier ministre, créer une Assemblée délibérative, instituer des Conventions de citoyens, supprimer le Ministère de la Justice et bien sûr transformer le Conseil Constitutionnel. Et d’en revenir à la notion comme à la pratique des contre-pouvoirs si nécessaires à la respiration républicaine de notre Constitution. Aux citoyens comme aux acteurs, à défaut d’être les “zèbres” des autres, de “zébrer” la peau déjà tannée de la 5ème République pour lui donner des rayures réformistes. À moins que l’espace politique ne soit déjà envahi par les prédateurs populistes dont chacun sait la place dans la zoologie politique. Elle annonce la mort du zèbre !

 


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