Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Fin de croissance ?

« Comme en rêvait Coluche, il est mort de son vivant. Et comme le Duc de Guise selon Henri III, il est, à peine mort, encore plus grand que lorsqu’il était vivant. A quoi tient cette grandeur ?… Un mélange de style et de conviction. Un dosage de martyre et d’espérance » souligne Bernard-Henri Levy dans son éditorial du Point intitulé « Saint-Mandela », exprimant la canonisation profane d’un homme public dont la disparition a été opportunément surmédiatisée comme pour exprimer la force du volontarisme et du décisionnisme dans un monde complexe où les défis sont à relever à tout instant pour les individus-citoyens comme pour les États-Nations. Défi notamment d’un monde sans croissance où, selon l’Expansion, « le progrès technique ne dope pas la productivité ni l’emploi, la main d’œuvre vieillit. » Et de poser la question : et si les pays riches étaient condamnés à une longue stagnation ? Et l’économiste-conseil de Barack Obama de souligner « qu’il faudrait peut-être prendre conscience que les vieilles économies développées ne sont pas près de retrouver les rythmes de croissance d’avant la crise.» Pour la philosophe Dominique Meda, « l’urgence est de s’engager vers la reconversion écologique notamment en développant les transports en commun », ajoutant qu’il faut sortir de la tyrannie du PIB comme indicateur de richesse et d’en adopter d’autres comme « la préservation du patrimoine naturel et la cohésion sociale. » En conséquence, le cercle vicieux du chômage va être difficile à briser, l’endettement public impossible à résorber, le monde toujours plus inégal.

Inégal notamment pour le monde agricole et rural dont l’écrivain Richard Millet dresse un tableau réaliste et sinistre dans Le Point : « Le sort des paysans est, d’une certaine façon, pire que celui des migrants ou des roms : pas de commisération, aucun récit, nulle esthétique de la victimisation… La campagne est happée par le silence qui entoure la mort de la civilisation rurale… Aucun Giono, Faultener ou Claude Simon pour faire encore advenir ces êtres à l’université de la douleur… Je ne suis pas certain que l’écologie contribue à faire regarder autrement ces gens qui sont devenus des migrants immobiles, des clandestins de notre mémoire affective, des réprouvés du libéralisme planétaire.»

Un monde inégal mais stupéfiant aussi quand on constate comment le premier ministre s’est piégé tout seul en adoubant le rapport sur la « refondation des politiques d’intégration » issu des travaux d’un groupe qui n’est ni complètement politique ni complètement scientifique, rapport dont la fin de la page 70 (« suppression des dispositions légales et réglementaires scolaires discriminatoires, concernant notamment le voile ») a allumé la mèche de la levée des boucliers conduisant, face à ce bug politique de Matignon, les têtes de l’exécutif à enterrer l’essentiel des propositions sur l’intégration publiées sur le site du gouvernement. Alors la question se pose : amateurisme ou maladresse ? Peut-être. Ou plutôt cynisme de la Raison politique au pouvoir à la veille d’un moment électoral où la montée du FN pourrait sauvait la mise au PS ; dans la perspective d’un deuxième tour « idéal » pour le président sortant, Hollande-Le Pen.

La trêve des confiseurs et le temps des fêtes de Noël tombent à point nommé pour le président comme pour le premier ministre. Mais la France reste parcourue par mille petites lignes Maginot derrière lesquelles chacun espère se retrancher et se protéger ; France d’autant plus frileuse qu’elle sent le gouvernement affaibli et à la merci de la moindre fronde !


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