Patrick Aubin
Patrick
Aubin
Le contrepoint libéral

Êtes-vous « import » ou « export » ?

Dans l’inconscient collectif, il est communément admis qu’accumuler de l’argent, c’est devenir riche. Dans la balance des échanges commerciaux entre pays, cette balance est réputée favorable lorsque l’exportation dépasse l’importation. Exporter, c’est ainsi grossir le stock de monnaie, importer c’est le réduire. Cette vision vient en fait de la théorie mercantile qui veut que la richesse soit la seule accumulation d’argent. Il y aurait ainsi forcément des gagnants et des perdants. Ou, en poussant cette logique jusqu’au bout, chaque pays pourrait trouver le bonheur en fermant toutes ses frontières. Demandons aux Coréens du Nord ou aux Cubains ce qu’ils en pensent. Car la richesse est loin d’être faite de la seule monnaie. Elle est aussi dans ce qu’on échange : les instruments de travail, les objets fabriqués. Or dans l’histoire, aux difficultés naturelles comme le manque de voies de circulation ou de transports, les politiciens ont ajouté une foule d’obstacles artificiels (péages, tarifs douaniers, prohibitions…) pour éviter ou limiter la fuite de la monnaie. Or de tout temps, l’isolement est fatal à la vie individuelle. Seul, on survit, au mieux. Nation ou pays ne sont que des avatars de la société humaine faite d’individus. Pour mieux vivre, nous sommes tous intéressés à nous rapprocher, à échanger nos produits, nos idées, d’être humain à être humain, de peuple à peuple. En participant aux mêmes jouissances, le bien-être se répand. Qu’importe la monnaie, elle n’est que richesse future. La richesse de tous vient de l’échange, pas de la monnaie.

« Ce n’est pas la production qui fait la richesse »

La prospérité économique ne dépend pas de l’écart entre importation et exportation. Jean-Baptiste Say a très bien expliqué l’égarement de jugement de beaucoup, à commencer par les gouvernants, à propos de la balance commerciale. Parce qu’on considère « une nation, par rapport aux autres, comme un marchand en boutique par rapport aux autres chalands : il s’y trouve une fort grande différence. [...] mais une nation ne reçoit jamais en paiement que les marchandises qui ont du débit chez elle… ». N’oublions pas que la nation n’est pas, elle n’a aucune réalité économique ou juridique. Ce n’est pas la production qui fait la richesse, même celle issue de la “nation”. Réflexe archaïque du protectionnisme qui s’imagine que si une guerre venait à survenir, celui qui la gagnera sera celui ayant appris à s’auto suffire . Or c’est en s’organisant pour la paix et le commerce que les sociétés prospèrent. S’organiser pour la paix, c’est resserrer ces liens de dépendance mutuelle, facteurs de civilisation. Nous sommes forcément tributaires de l’étranger, comme l’étranger l’est de nous. C’est de la réciprocité que viennent prospérité et liberté.

 

 

 


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