Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

De la démission de Jérôme Cahuzac (avant son éventuelle mise en examen) au « choc de simplification » promis par un Chef de l’État ligoté par des sondages provoquant presque sur le plan médiatique sa « déligitimation » (par rapport à son élection mais aussi par rapport à la popularité de tous ses prédécesseurs depuis le Général de Gaulle) en passant par la mise en examen surmédiatisée de Nicolas Sarkozy (réagissant par facebook), de la crise italienne (une situation de gouvernance «  à la belge » semble s’installer au moment où le nouveau Pape impose un tel nouveau style que Benoît XVI est presque oublié) à la crise chypriote, nous assistons, avec Christian Salmon, dans cette « suite intemporelle des chocs », à une forme de « décomposition du champ politique » sur fond de manifestations, de désenchantement profond et de défiance croissante envers les gouvernants et le Président. Ce dernier, avec la palette des nuances du politique nourrie à la sauce mitterrando-chiraquienne, autant social-démocrate que radical-socialiste, porteur d’une rhétorique classique qui donne l’illusion à chacun d’avoir sa part de vérité présidentielle devient le modèle contemporain non de « l’auctoritas » d’un Général de Gaulle ni la « potestas » d’un monarque constitutionnel mais une capacité d’adaptation infinie et une flexibilité à toute épreuve entre austérité et croissance, volontarisme et patience, imagination et administration. Le philosophe Adorno écrivait : « La vie s’est transformée en une suite intemporelle de chocs ». Chocs auxquels nous assistons et qui percutent de plein fouet tous les piliers de notre démocratie décidément en souffrance : attaques contre l’État de droit, dénonciation des contre-pouvoirs (notamment médiatiques) entraînant des réactions en chaîne et des effets « dominos » dont l’ampleur crée un courant fort qui menace, au cœur, notre République : crise générale de la confiance, de la représentation, de la souveraineté de l’État (quelle Nation, quel État pour quelle Europe ?

La « construction européenne » ressemblant à la « déconstruction » de la souveraineté). Et les mots présidentiels pour le dire arrivant aisément … : « Pourquoi faire du sang et des larmes ? » (Churchill remisé au placard des imaginaires), « L’Europe ne doit pas être une maison de redressement » (Quel redressement ?) ; et tenter de redéfinir le rôle du Chef de l’État : « C’est mon rôle non pas parce que je suis un Président socialiste, d’ailleurs je ne suis plus maintenant un Président socialiste… je suis le Président de tous les Français ». Puis il y a ce fameux « choc de simplification », « choc de clarté » ou « choc de normalité » que le Premier ministre tente de commenter, lui qui n’a pas été cité une seule fois par le Président lors de son intervention. Au-delà des mots, il y a la posture volontariste (au moins formellement) parce que comme le souligne Christian Salmon : « plus l’État est désarmé, plus il doit afficher son volontarisme. La posture du « volontarisme » néo-libéral est la forme que prend la volonté politique lorsque le pouvoir est privé de ses moyens d’agir. Mais sa crédibilité est gagée sur la puissance effective de l’État. Si cette puissance n’a plus les moyens de s’exercer, le volontarisme est démasqué comme une posture ». Dans ce contexte de perte de légitimité des politiques, incapables de régler les problèmes du chômage et de la pauvreté, dans cette accélération du temps politique (explosion des réseaux sociaux et chaînes du tout-info) où se substitue le « stage craft » – l’art de la mise en scène) ou « state craft » – l’art de gouverner – , dans ces temps de gouvernance où le charisme n’est pas au rendez-vous de la crise, tout peut arriver : le rouge de l’état d’alerte est déclenché ! Voilà peut-être venu le temps « du pouvoir des sans pouvoirs ».

 

Stéphane Baumont


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