Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Entre guerre froide et économique

Alors que François Hollande, avant le G20 et après sa position dans la question d’une éventuelle intervention – sanction en Syrie – rend hommage aux victimes d’Oradour-sur-Glane, haut-lieu mémoriel rappelant par les ruines toujours existantes la barbarie nazie, il se pose ainsi – et cela est nouveau dans sa posture comme dans sa communication politiques – en conciliateur (rassembler les Français tout en se rapprochant de l’Allemagne) en chef des Armées (face notamment à Bachar El Hassad, en essayant de retrouver la confiance des Français plutôt hostiles comme les opinions publiques européennes et américaines). Il tient aussi – au-delà de la photographie de rentrée auto-censurée par l’AFP et le représentant peu à son avantage à cause d’un sourire désacralisant pour le coup la fonction présidentielle – à imposer dans l’inconscient national la répétition avec le Président allemand de deux images choc de deux autres présidents : de Gaulle / Adenauer et Mitterrand / Kohl. Peut-être le Chef de l’État a-t-il enfin compris qu’un Président sous la V° République gaullienne ne peut être un Président « normal » mais au contraire « un chef qui en est un » ; Charles de Gaulle sachant, plus que tous les autres que « la politique est tragique ». Verdun, Oradour-sur-Glane, deux hauts lieux de souffrance : se donner la main, en y ajoutant celle d’un survivant du massacre d’Oradour. C’est imposer une certaine idée de l’histoire et de la France au moment où « guerre froide » et « guerre monétaire » sont au menu des dirigeants du G20 : 1) Barack Obama et François Hollande se confrontent à Vladimir Poutine sur le dossier syrien ; 2) en plein ralentissement économique les pays émergents s’inquiètent des risques de crise monétaire ; 3) la réunion de St Petersbourg devrait accélérer la coopération contre l’évasion fiscale.

Pour l’affaire syrienne restent les questions : « Comment répondre à l’emploi d’une arme de destruction massive au Moyen-Orient ? Comment éviter qu’il se banalise ? Comment empêcher que d’autres Etats ne soient incités à se doter de ce type d’armes ? Comment faire pour qu’une absence de réaction ne soit interprétée par l’Iran comme un feu vert à son programme nucléaire ? » A ces questions opportunément posées par Le Monde (06/09/13) parce qu’au-delà des réponses tactiques du moment, il y a une stratégie à mettre en œuvre au moment où toutes les opinions publiques sont non-interventionnistes, des intellectuels donnent leur point de vue : « le compromis sans garantie internationale, voire avec la présence des forces de l’ONU » pour E.Morin ; pour E. Luttwak « seul le statu quo est tenable, il faut donc entretenir l’impasse actuelle » ; pour le philosophe André Gluckswann, « une réplique américano-française s’impose pour mettre fin au triomphe de la volonté de nuisance » ; pour le professeur Toddrov, « la force ne fait pas le droit international … Les règles internationales s’appliquant à tous sauf aux membres permanents du Conseil de Sécurité censés les garantir ! »

Pour l’économie, à peine en marge du G20, la reprise est-elle vraiment là ? 1) D’où vient le rebond français ? Les entreprises ont reconstitué leur stocks, la consommation des ménages s’est bien tenue, ce redémarrage tient aussi au climat (hausse des dépenses d’énergie) 2) La zone euro est-elle tirée d’affaire ? En effet, la conjoncture française et son évolution dépendent étroitement de celles de l’ensemble de la zone euro 3) La reprise va-t-elle durer ? Les éléments très conjoncturels qui expliquent pour l’essentiel le rebond du second trimestre 2013 n’ont pas de raisons de se reproduire. On parle déjà de nouveau coup de frein. On est donc loin de la fin des difficultés. D’autant plus que le regard de l’Autre – le professeur Subrahmanyah, titulaire au Collège de France de la chaire « d’histoire globale de la première modernité », fait le constat d’une « chute progressive » de la France sur les plans culturel et diplomatique et s’inquiète de la montée de l’extrême-droite, de la fin de la « French Theory » (celle de Foucault, Deleuze, Bourdieu.)

Il serait utile de se rendre au Collège de France ou de se procurer le cours de ce professeur indien pour mieux s’initier à « l’histoire connectée », celle qui met en conversation les points de vue de l’Occident et ceux des peuples et des pays anciennement colonisés. Ce professeur nous pousse à la réflexion et la méditation en déclarant : « Il ne faut pas abuser de l’histoire pour faire ce qu’on voulait faire de toute façon. Si nous, les historiens, servons à quelque chose, c’est toujours en se faisant les avocats du diable. »

Stéphane Baumont


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