Robert Redeker
Robert
Redeker

Éloge de la crèche de Noël

La crèche est contestée par une laïcité mal comprise, qui n’est pas de tolérance, mais de guerre. Pourquoi mérite-t-elle d’être défendue ?

La Noël venue, la crèche rappelle ce qu’est le foyer, symbolisé par une modeste étable, l’intimité de quelques personnes, la chaleur du bœuf et de l’âne. Ce foyer reçoit une double signification : la famille et l’humanité. La présence de la crèche engage à élargir le foyer, à tenir toute l’humanité comme le foyer de chacun d’entre nous, à reconnaître dans l’humanité entière sa famille. La crèche réunit le simple, image de la famille, et le vaste monde, tous les Hommes, l’univers. Un message en jaillit : le monde est vaste et varié, certainement en expansion, pourtant cette totalité est aussi simple que la crèche au pied du sapin. Soit, la simplicité de la crèche est la vérité profonde de ce vaste monde. Ainsi la crèche met-elle modestement en scène l’utopie d’une humanité réconciliée avec elle-même ? Elle dément la cruelle réalité de la vie quotidienne, tissée de violence, suggérant que la réalité humaine est l’appartenance à une même famille. Elle bat le rappel de la fraternité universelle.

« Elle bat le rappel de la fraternité universelle »

Les éléments cosmiques, les animaux, les plantes, l’enfantement, le bébé dans ses langes, sont présents pour nous rappeler que les Hommes appartiennent au même monde physique, agglomérant la terre et le cosmos. La crèche nous le dit: l’Homme est chez lui dans le cosmos. Cette vérité s’est effacée de nos consciences. Selon la pensée moderne, nous vivons, du fait des sciences et des techniques, dans un monde désenchanté, ayant dissocié l’Homme du reste de l’univers, ayant brisé ses attaches au cosmos et à la nature, le projetant dans le désarroi et la solitude. Le cosmos lui est devenu une chose étrangère à exploiter, voire à conquérir. La symbolique de la crèche lui signale que sa solitude cosmique est récente, quand d’autre part elle apaise la douleur de se sentir si seul dans l’univers. En arrêt devant la crèche, l’être humain, athée ou croyant, guérit un instant de son acosmie. La civilisation moderne réduit les bêtes à de la viande sur pieds. La fin des paysans, leur transformation en entrepreneurs de l’alimentaire, accentue cette tendance, éloignant l’Homme des autres vivants. Le symbolisme de la crèche rappelle que les animaux sont des partenaires de l’homme dans la vie.

Elle est la modestie autant que le contrepoison au délire mercantile qui dénature Noël. Toujours présente comme un espoir qui ne s’éteint pas, la crèche dissuade de désespérer de l’humanité. Au cœur de la nuit, elle maintient l’espoir d’en sortir, de réhumaniser le monde. Rien n’est moins pertinent que ces attaques contre la crèche.

 

 


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