Thomas Simonian
Thomas
Simonian

D’ombre et de lumière

«La vérité est comme le soleil. Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder», nous prévenait Victor Hugo. Probablement que si le grand homme pouvait constater aujourd’hui ce que nous avons fait de notre Terre, ce que nous avons bâti autour du progrès social, sûr qu’il aurait des maux de tête et peu d’envies de se brûler les yeux à vouloir nous rappeler la Vérité de nos maux…

Car tout autour de nous n’est qu’illusion, dérision de l’âme et la crise n’est en rien responsable de cet état. Rien, aucune circonstance, ne devrait nous faire oublier qu’ici et là, sur la majorité de cette planète, la vie humaine n’est que pleurs, cris et tortures. Comme cela l’est aussi, bien souvent à quelques pâtés de maison, de notre lieu d’habitation, dans notre rue à Toulouse…

Ne fermons pas les yeux : sur cette Terre d’angoisses et de peines, des cortèges de détresse scandent le quotidien de millions d’âmes. Et trop souvent dans la plus grande indifférence pour la plupart des nantis que nous sommes. Même si, de temps à autres, à travers l’organisation de «charity shows» de circonstances, nous donnons parfois l’illusion d’être concernés par le destin des autres. Oui, nous voulons jouer aux sages responsables, mais force est de constater qu’il y a bien longtemps que nous avons perdu les vertus de nos ambitions.

Au point même d’avoir réinventé tous les ingrédients, façon 3ème millénaire de l’esclavage moderne, scellé aux normes d’une nouvelle recevabilité internationale et la France n’y échappe pas… Ainsi sur de grandes échelles, on exploite et on asservit en toute impunité. Aujourd’hui c’est le Bengladesh qui fait l’actualité «noire» avec ces immeubles qui abritent des ateliers de couture «grandes marques» et qui s’effondrent sur des hommes, des femmes et des enfants. Des malheureux engagés manu militari, il n’y a pas d’autres termes, par des cerbères au service de grandes puissances économiques. Des hommes, des femmes qui ont un salaire de 30€ par mois pour 300 heures de dur labeur au minimum. Je ne dois pas être trop loin du compte… Et nous sommes là, moi le premier, à nous pavaner avec notre tee-shirt, estampillé grandes marques, sans même nous préoccuper qu’il a été fabriqué avec la sueur, les larmes et bien souvent le sang de ces âmes perdues. Inscrits que nous sommes, de gré ou de force, dans une société de surconsommation où la satisfaction de l’ego, du paraître, sont paraît-il, des clefs de pouvoirs ; alors qu’ils ne sont qu’écrans de fumée ; la vérité des valeurs portées par l’homme étant heureusement ailleurs et plus discrète.

A l’Est, voilà près de 30 ans, des populations ont crié leur joie d’une liberté retrouvée, en croyant le rideau, d’ombre et de fer, tomber. Mais ces femmes et ces hommes ont vite découvert, avec une certaine incrédulité, un autre joug aussi pervers, fait de mafias en col blanc, de guerres de territoires, de marche des chars et de fureur d’armes. Qu’ont apporté de mieux vivre, aux peuples concernés, les guerres en Afghanistan, en Irak, en Afrique du Nord, avec la Tunisie, l’Egypte et la Libye ?… Comme une autodestruction programmée, dominée par une volonté de soumission de l’homme par l’homme et toujours l’appât des richesses du pays qui conditionne les gains futurs, comme seul moteur. Partout des murs de la honte qui s’érigent…

Mais sait-on qu’au Mexique, ce sont plutôt des hommes qui sont victimes de l’esclavage moderne et envoyés dans des fermes de l’autre côté de la frontière aux Etats-Unis ?

 

Seize millions d’esclaves à travers le monde

 

Aujourd’hui pas moins de 20 millions d’humains, dont une large majorité d’enfants, sont, à travers le monde, réduits à l’esclavage. Oui, des enfants qui sont exploités par des réseaux de pornographie et de prostitution voire victimes du travail forcé. Souvent contraints à se battre dans les rangs de forces irrégulières, car ils sont simplement plus vulnérables, moins coûteux et moins enclins à se rebeller contre leurs supérieurs. Ces lieux de perdition sont partout où la misère et la guerre règnent. Dans d’autres endroits, on les voit travailler dans des mines de charbon, dans l’agriculture, dans les plantations de cacao, de cannes à sucre, pour la récolte des feuilles de thé, la chasse et la pêche commerciale ou la foresterie; dans le secteur manufacturier; dans les usines à briques, dans des entreprises du bâtiment, chez nous aux carrefours routiers à faire la manche…

La majorité des enfants qui sont astreints au travail vit dans des pays du tiers monde, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, mais on trouve aussi des enfants travailleurs en Amérique du Nord, en Europe et même en France. Plus de 150 ans après son abolition, un esclavage pervers perdure. Il a comme nom prostitution, mais pas seulement, travail forcé ou esclavage domestique et il concerne des milliers de victimes. Chaque année, ce sont plus de 1000 dossiers qui sont déposés pour dénoncer ces abus, mais combien de milliers d’autres ne seront jamais répertoriés ? Surtout que dans leur grande majorité, ils vont révéler que les «employeurs» sont originaires des mêmes pays que leurs victimes. Et là aussi concernent, la plupart du temps, des jeunes femmes, souvent mineures, que les exploiteurs amènent avec eux, contre la promesse d’une vie meilleure chez nous. Mais en fait d’inscription à l’école, on leur confisque leurs papiers d’identité, on les séquestre et on les force à travailler dans des conditions inhumaines. Pour certaines, plus de 20 heures par jour, peu ou pas rémunérées et souvent victimes de violences psychologiques, de maltraitance physique et même d’agressions sexuelles ou de viols.

Et que dire de cet autre volet de l’esclavage moderne qui concerne plus particulièrement le football professionnel et nos clubs. Avec des gamins qui n’ont pas 14 ans, repérés, en Afrique par des agents de joueurs. Paraît-il des stars en devenir qui viennent faire des tests dans nos centres de formations et quand ils ne font pas l’affaire, peuvent se retrouver abandonnés sans ressources, comme l’actualité nous le rappelle trop souvent. Pour un gamin qui réussit, combien sont-ils sacrifiés sur l’autel de l’intérêt supérieur ? Qui pour briser l’omerta qui règne dans ce milieu ? Où sont les humanistes ?

Mais c’est bien connu : «L’Homme a l’amour pour aile et pour joug le besoin»…

Et cela n’est pas prêt de changer…

 

André Gallego

Direction ligne éditorial

Président de France Génération Plurielle


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