Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

DO IT YOURSELF

Cette semaine j’ai pas mal vu la bande des Sound Sweet Sound. Sound Sweet Sound c’est ce qu’il se fait de mieux en ce moment sur Toulouse niveau rock. Avec d’autres, certes, vu que la scène rock toulousaine est une espèce de grand bain bouillonnant rempli de talent et de bière. On a parlé musique et puis dates et puis disques et puis comment s’organise le milieu dans lequel on s’agite frénétiquement pour essayer de s’y faire une place. Pour Romain et Pat et Aniela la solution c’est « do it yourself » (DIY), en gros, pour traduire vite fait mal fait, ça veut dire « fais le toi-même »… Le musicien devient booker, donc il cherche ses dates, organisateur de concert pour accueillir des groupes eux aussi DIY, le musicien héberge les groupes qu’il fait venir, les nourrit et espère en retour la même chose de leur côté. On appelle ça se débrouiller. Evidemment un groupe DIY paie son enregistrement, presse son disque et vend son disque, il conduit le camion, sait faire du son pour les concerts des copains et donc sait faire à peu près tout ce que l’on a besoin de savoir-faire pour survivre dans la jungle du rock indépendant. Sans jamais se payer. Dans la très grande majorité des cas. Cette démarche est entendable. La seule condition est la réciprocité. En effet sans réciprocité ce système ne fonctionne pas. Il fonctionne par la solidarité, un accord tacite, je t’aide alors tu m’aides.

« C’est vrai qu’un système solidaire ce n’est pas franchement à la mode. »

Attention, en aucun cas il n’est dit : je t’aide SI tu m’aides. Jamais. Et c’est là toute la différence. Par exemple, je soutiens le peuple grec dans son combat contre l’austérité et son refus de payer une dette illégale et je sais que, dans quelques semaines, le peuple grec nous soutiendra quand nous refuserons de payer la nôtre, de dette illégale. Tsipras lui n’a pas trop pigé la notion de réciprocité, le « je vote pour toi mais ce serait bien que tu fasses ce que tu as dit pendant ta campagne. » On appelle ça un contrat. Qu’il soit moral ne change rien à l’affaire. Pour que le système DIY fonctionne il faut que la solidarité marche. Non pas un système charitable, encore moins un système marchand, mais un système solidaire. C’est vrai qu’un système solidaire ce n’est pas franchement à la mode. Et puis ça fait un peu socialiste. Quand je dis socialiste je parle de Karl Marx, pas de Macron ou Montebourg. Une société solidaire peut voir un système DIY fonctionner pleinement pour les artistes. Dans notre société et le monde musical actuel, c’est-à-dire un milieu qui pompe à vide puisque plus de spectateurs, plus de subventions donc plus d’argent (mais qui continue à pomper bêtement sans se poser de questions, Shadok style) le système DIY ne peut pas exister sous sa vraie forme. Les groupes DIY qui réussissent aujourd’hui, et je parlais de ça avec mon pote Romain, chanteur charismatique des brillants Charly fiasco, sont des groupes qui se servent de l’étiquette DIY pour se donner une crédibilité indépendante, tout en usant des mêmes réseaux que les grosses machines du divertissement de masse. Du coup la semaine prochaine je parlerai du divertissement puisque j’en ai parlé avec les copains en sirotant des binouses et en fumant des clopes.


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