Dites-le avec des clous

 

Jean-Jacques Bolzan, c’est un peu le « Monsieur commerce » de la mairie de Toulouse. Cet élu UDI de la majorité municipale gère dans un même élan (et entre autres) les mairies annexes, les taxis, les marchands de gros, de détail, le bruit et les bistrots. Sur ce dernier point, son sens de l’ordre l’amène à envisager de délimiter par des clous, l’espace dévolu aux terrasses des bars et restaurants. Sachant que chacun est tour à tour ou piéton ou buveur, cette vision du vivre ensemble a quelque chose d’œcuménique qui  ne se refuse pas. Il est vrai qu’en été, la diagonale de la place Saint-Georges, pour ne citer que celle-là, est interdite aux mamans flanquées de poussettes. Aux Carmes, à certaines heures, les trottoirs sont infréquentables à tout bipède muni d’un sac de marché. Place Olivier, on se demande si  la rénovation n’a pas été conçue pour les trois restos qui en constituent le seul attrait,  place Victor Hugo, côté boulevard, bien hardi le piéton qui prétend rester à l’endroit qui lui est dévolu… et la liste pourrait s’allonger encore. « Il faut respecter un espace de 1,40 mètre entre la dernière chaise et le rebord du trottoir », précise Jean-Jacques Bolzan. C’est dit. Les clous dans la poche, et le marteau à la main, il va arpenter la ville et permettre enfin aux fauteuils roulants de glisser entre les assiettes de frites. Il n’est pas du genre à mollir, JJ. Bolzan. En décembre, il avait menacé de fermeture quatre bistrots du centre-ville, au motif que les riverains se plaignaient de « nuisances sonores ». Place Saint-Pierre ? Place des Carmes ? Rue des Paradoux ? Non, pas du tout : là, les riverains ont cessé de se plaindre, sans doute. Il s’agissait de bars à chevelus, un peu alternatifs sur les bords. Mais attention, n’allez pas traquer l’a priori là où il n’y en a pas : l’ordre, c’est son autre dada. Alors qu’il était dans l’opposition, lors de la précédente mandature municipale, il s’était indigné d’une subvention de 150.000 euros, allouée à l’organisation d’un « marché des précaires » à Arnaud Bernard, qu’il avait qualifié de « marché des voleurs ». C’est un homme à poigne.

« N’allez pas traquer l’a priori là où il n’y en a pas »

Déjà élu à la même place, avec les mêmes fonctions lors de la mandature 2001-2008 (Douste/Moudenc), il s’était attaqué – déjà – au problème des terrasses. Nous ne ferons pas ici l’inventaire de ses succès. Le simple fait qu’il doive recommencer aujourd’hui en dit long sur la pérennité des solutions qu’il avait dégagées à l’époque. Place Victor Hugo, par exemple, des avancées en dur ont été construites sans qu’il y voie malice. Le problème de la place Saint-Pierre n’a jamais été non plus réglé. Ni la place Saint-Georges, ni… La remarque vaut pour la personne qui lui a succédé lors du mandat effectué par Pierre Cohen, la pétillante Isabelle Hardy qui avait pris des airs de passionaria pour envisager à peu près les mêmes choses, pour  une efficacité tout aussi redoutable. Les seuls qui tremblent, ou font semblant, ce sont les « responsables » syndicaux de la limonade locale. Cette aimable confrérie qui, naguère, avait pleuré pour bénéficier d’une exorbitante réduction de TVA en échange d’une drastique baisse des tarifs et d’un raz de marée d’embauches. Rares sont ceux qui ont vu baisser les prix et nul n’évoque plus la piteuse vague de travail qui a suivi.

JJ. Bolzan compte « dialoguer » avec ces gens de confiance. Il sait choisir des interlocuteurs qui, depuis 2001, n’ont eu de cesse d’entendre le message. La preuve en est qu’il faut le marteler. Mais avec des clous, cette fois.

 

 

 


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