Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

Des idéaux et des bas

Créé en 1920 par Paul Feuga, l’ « Office Public d’Habitations à Bon Marché de Toulouse » a traversé un presque siècle en épousant les évolutions de l’habitat social, qui passent aussi par des adaptations du vocabulaire. Après avoir été Office Public d’HLM (OPHLM), qui portait son parfum d’après-guerre et l’intention d’aider les plus modestes, le glissement sémantique est venu signifier des ambitions plus radicales. En 1995,  on dit OPAC pour Office public d’aménagement et de construction : exit le social et le « loyer modéré », on parle d’Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Les choses sont d’autant mieux dites que c’est à cette époque que les locataires deviennent « la clientèle ».  En 2009 voilà « Habitat Toulouse », ce qui est plus neutre. Enfin, pas tout à fait si l’on en croit la décision rendue le 19 mars par le tribunal administratif de Toulouse où Habitat Toulouse s’est fait tirer l’oreille pour avoir refusé à l’association Droit Au Logement -le DAL- d’aligner une liste de candidats au poste de représentants des locataires au conseil d’administration. Ah bon. Et pourquoi ? Parce que. Pourtant, « aucune disposition législative ou réglementaire ne confère à la commission des opérations électorales la possibilité de refuser une liste présentée par une association qui remplit les conditions prévues », notent les juges qui ont une façon polie de se demander d’où sort cet oukase. Les magistrats ont visiblement été énervés puisqu’ils ont pris la peine de rajouter que leur décision s’arrête à ce constat  « sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la protestation » d’Habitat Toulouse.

« Bon, le DAL, on le jette, hein » 

Traduit du juridique cela signifie : « dégage ». Bref, les élections sont annulées, on va les refaire, et les locataires vont pouvoir dire s’ils veulent ou non du DAL. Tout ceci a bien sûr un coût, mais là n’est pas le propos. On est en droit de s’interroger sur cette fulminante entrave décidée hors de tous les clous légaux au sein d’un organisme bardé de juristes, les mêmes que l’on rémunère pour brandir tous les textes de la création afin de faire payer leur loyer aux récalcitrants. Car, bien sûr, à l’origine de la récusation du DAL, il y a un type (ou peut-être une) qui a dû phosphorer avec des collègues :  « Bon, le DAL, on le jette, hein » -« Tu crois qu’on peut ? ». « Bôf, vont pas nous emmerder » – « T’es sûr ? ». « Y vont gueuler, c’est certain, hé bé ils gueuleront. De toute façon, z’ont pas les moyens de se payer un avocat. Et puis, quand ce sera fait, ce sera fait ». T’as qu’à croire. La crâne crasse du chefaillon qui s’invente des lois. Au nom de quoi ? Du plus chef que lui qui va lui en être reconnaissant ? Du rejet ordinaire passant par le spectre du petit pouvoir de nuisance ? On doit une pensée à ce pleutre dissimulé dans l’organigramme, qui a conduit son entreprise dans le mur du corps social pour lequel elle est censée œuvrer. La bêtise individuelle ramenée à l’universel. L’autre lumière de la semaine, c’est Monsieur Clous, Jean-Jacques Bolzan, l’homme qui veut remembrer les terrasses de bistrot avec un marteau et des pointes. Il s’est fendu d’un tweet hors d’âge, porteur d’une équation venue du mésozoïque de l’intelligence politique. En substance : « le PS est soutenu par le PC, c’est Staline à Bonnefoy ». Voilà qui fait décoller la campagne : il s’est même trouvé un éminent communiste pour intervenir dans « le débat » ce qui, ici, est un gros mot. En effet, vu la hauteur des idées qui nourrissent sa pensée, mieux vaudrait s’assurer d’abord que Jean-Jacques Bolzan ne confond pas Staline et Stallone.

 

 

 


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