Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Dépression Démocratique

Et si au-delà de l’émotion et de la compassion suscitées par la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge à la veille du 14 Juillet, rapidement occultées par la médiatisation du défilé militaire – avec ses journalistes « embedded », embarqués dans les tanks – nous nous arrêtions à la lecture du dernier ouvrage et interview de Christian Salmon (essayiste), auteur de « La cérémonie cannibale et la performance politique » (éd. Fayard), on lirait les commentaires et constats suivants, corroborés d’ailleurs par l’interview du 14 Juillet sur le gazon élyséen : « on assiste depuis la crise de 2008 à l’émergence d’un nouvel habitus : le comptable à lunettes, modèle Hollande, Mariano Rajoy ou Mario Monti… Budget en équilibre, président équilibré. Après des années de « Sarkocaïne », François Hollande a administré aux Français un traitement au lithium au cours de la campagne du « Président normal », dont le pays lui a su gré jusqu’à l’été 2012. Mais l’été passé, les machines à raconter se sont remises en route… « Hollande où est ton récit ?» a été le leitmotiv de la première année du quinquennat. Si vous ne racontez pas votre histoire, ce sont les autres qui la racontent à votre place. Ainsi, au cœur de l’intervention du Président toujours à l’aise dans sa classique rhétorique argumentative, très pédagogique et consensuelle, souhaitant ainsi démontrer qu’il est un « Président au-dessus des partis, œuvrant pour la France, sans souci de son propre destin de futur candidat », on a constaté qu’au-delà des thèmes classiques abordés tous les trois mois surgissait celui du pessimisme des Français contre lequel il fallait d’autant plus lutter que la France avait assez de qualités et de potentialités pour mettre fin à ce désenchantement, à ce pessimisme, à ces déceptions – dépression que ni son passé ni son avenir ne justifient.

En soulignant la justesse et l’urgence de ce combat contre le pessimisme, François Hollande veut éviter le développement de dépressions démocratiques ou de dépolitisations systémiques dont ont été victimes, à leur manière Aznar, Blair, Bush, Berlusconi et Sarkozy. Voilà pour le moment le seul et insuffisant récit de Hollande. Pierre Moscovici souligne « qu’on a besoin du récit de la nation, de cet esprit collectif français. Le rôle du Chef de l’État c’est d’impulser, de donner le sens de la vision. » Pour Laurent Fabius, « quelle place pour la France ? Quel rôle pour l’Europe ? C’est ça historiquement, le mandat de François Hollande. » Manifestement, le Président Hollande a un rythme, une sémantique, une ligne pérennes qui semblent le condamner à ne pas changer et à ne pas pouvoir, pour le moment, résoudre « les impasses du hollandisme » : incapacité à promouvoir sa politique, absence de prise de conscience de la crise que nous traversons, recours excessif à l’impôt, risque de casser la croissance. Comme le souligne Jacques Attali dans « Urgences française », « la France ne sait pas se réformer. Le programme de François Hollande manque d’ambition depuis le départ. » Curieuse posture tranquille sur le gazon élyséen où le Président ne semble ébranlé ni par les doutes qui montent de son camp (certains rêvent au retour de Martine Aubry) ni du retour dans l’arène – surmédiatisé, habilement dramatisé, très « bonapartisé »- de Nicolas Sarkozy comme si le comportement de ce dernier « soulignait en creux » ce que n’est pas François Hollande : « audacieux, transgressif, prêt à tout » (Françoise Fressoz). Comme l’indique Emmanuel Rivière de la Sofres : « François Hollande est coincé entre une gauche qui se dit de plus en plus : « qu’attend-il pour être de gauche ? » et une droit qui voit dans l’absence de résultats, la confirmation de ce qu’elle pense depuis le début : « il est incompétent ». La situation du Président (impopularité croissante, risque de délégitimation) confirmée par les sondages (27 % des Français lui font confiance) laisse à penser, comme le souligne Frédéric Dabi, « qu’à l’automne, l’effet tenailles risque d’être encore plus terrible »… surtout avec un discours qui ne change pas et un Palais de l’Élysée qui ressemble de plus en plus – comme pour chacun des Présidents sous la V° République – à un « Château – Tour d’ivoire ».

 

Stéphane Baumont


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