Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Il est des moments privilégiés dans l’histoire d’un pays et d’un Président où la lecture des éditoriaux, chroniques et interviews permettent de se faire une opinion de la situation politique en appréhendant mieux les acteurs du Pouvoir, leur rapport à l’avenir et l’image que déjà ils laissent. Il y a d’abord le point de vue du philosophe allemand Peter Sloterdijk : « François Hollande s’intègre parfaitement à l’éthos général de la politique contemporaine qui n’est plus favorable à l’excellence… C’est un étatiste pur jus, un homme d’État qui se prend pour le premier trésorier, le premier fiscaliste, le premier redistributeur… Il a adopté une attitude un peu démodée en utilisant le pouvoir pour réaliser ses propres penchants moraux. Il risque de devenir une victime de ses convictions profondes. » Il y a ensuite ce billet de l’éditorialiste Thomas Wieder (Le Monde du 9 Mars), posant les bonnes questions et faisant un juste constat au moment où le Président suscite le grand doute non seulement chez ses amis, son électorat mais aussi chez les Français dont les sondages soulignent l’insatisfaction, baromètre de l’impopularité présidentielle (55 % des Français considèrent que le gouvernement ne sait pas où il va en matière de politique économique et fiscale) : « Comment un Président viscéralement optimiste peut-il diriger un peuple profondément pessimiste ? Là est toute la question pour François Hollande et l’incompréhension grandit entre un Chef d’État à la sérénité inébranlable et des Français de plus en plus inquiets ». Chacun a désormais compris que le changement n’était pas (plus) pour maintenant et doute désormais qu’il sera pour demain. Il y a aussi le point de vue de Bruno Le Maire qui s’affirme de plus en plus comme un des recours de talent de la droite et récent auteur de « Jours de pouvoir » affirmant : « L’attentisme de François Hollande me sidère. Il est comme Godot. Il attend que la croissance revienne…

L’attitude de l’Union Européenne nourrit le populisme ». A noter aussi dans le même sens les observations de l’universitaire Dominique Reynie pour qui « tous les ingrédients d’une vague protestataire sont réunis » et du député socialiste Malek Boutih constatant « qu’entre une gauche sans idée et une droite sans chef, il y a un espace libre immense pour un nouveau populisme de masse ». Même crainte partagée de cette menace comme l’inversion de la courbe du chômage, l’espoir ne reviendra pas. Ce, d’autant plus que le Président Hollande rentre dans une sorte de spirale infernale marquée par dix rendez-vous impopulaires du gouvernement : collectivités locales et retraites complémentaires dès le 12 Mars, austérité dans les armées (au mois de Mars), réforme des allocations familiales (début avril), coupes dans les ministères (en avril), baisse des aides aux entreprises (mai), création d’impôts écologiques (juin), lancement de la réforme des retraites (dont le déficit dépasserait vingt milliards d’euros en 2020), arbitrages fiscaux de l’été (pour compenser la perte attendue de plus de 6 milliards d’euros induite notamment par les censures du Conseil Constitutionnel) ; puis le rendez-vous budgétaire automnal et de la sécurité sociale ; réduction des enveloppes données aux collectivités territoriales pour l’État, les régions et les partenaires sociaux en matières de formation professionnelle. Oui, le Président Hollande est dans une situation d’autant plus difficile que, pour la chroniqueuse Françoise Fressoz, « plus la croissance pâlit, plus la bonhomie de François Hollande qui était une réaction au bonapartisme de Nicolas Sarkozy, apparaît décalée ». Oui, F. Hollande doit faire face à sa propre majorité et à l’opinion publique au moment même où il vient de se rendre compte que l’ancien Président Sarkozy est un acteur à temps plein de son quinquennat !

 

Stéphane Baumont


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