Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Défiance et pessimisme

Le 22 Janvier 2012,  au début de la campagne présidentielle, François Hollande promettait de bâtir «une France de la confiance», de «rassembler», de «réconcilier», d’ «unir», d’en finir avec «la stigmatisation, la division, la suspicion et les oppositions entre Français». Comme le journaliste Thomas Wieder le note : «Huit mois plus tard, il pourrait redire la même chose mot pour mot : la confiance est en berne, le rassemblement reste à faire, le sursaut se fait attendre et la peur se généralise». Comme le montrent des études récentes, le moral du pays est profondément dégradé : le pessimisme atteint un degré particulièrement élevé puisque 68 % des Français éprouvent ce sentiment-là. Avant F. Hollande, jamais un Président n’avait eu à affronter une telle situation, un tel état de «non-grâce», de disgrâce dès son élection. Pire, 56 % des Français s’estiment sur le point de connaître une situation de pauvreté ; seuls 34 % des Français font confiance au Président pour résoudre la lancinante, économique et existentielle question du chômage. L’analyste Jérôme Jaffré souligne aussi que le nouveau Président (souvent plus candidat que pleinement Président de la V° République) n’arrive pas à s’inscrire dans l’Histoire (avec un grand H) et n’a pas marqué son avènement par une réforme majeure comme les congés payés en 1936, la retraite à 60 ans en 1981, les 35 heures en 1997. En somme, une alternance presque banale au contraire de 1936, 1981 et 1997 !

Comme si le changement de Président n’avait pas vraiment inauguré un nouveau cycle de confiance et d’espoir (conduisant à penser que les prochaines élections municipales, régionales, cantonales et sénatoriales et européennes seraient des «élections-sanctions» contre la gauche et ses républicains de gouvernement. Nous sommes dans une société de défiance au bord de la rupture, de la contestation violente, peut-être même de la race et de l’insurrection. D’ailleurs, les réactions des supporters du candidat sont très éclairantes quant à l’étendue et à la densité des critiques : pour le sociologue F. Dubet, «il faut que s’éloigne le double discours sur la situation économique» ; pour le sociologue Robert Castel, «les gens qui ont voté Hollande ne peuvent pas lui reprocher de ne pas appliquer le programme de Mélenchon» ; pour l’économiste Bernard Gazier, «il n’existe pas de vrai projet à gauche de transformation de la société». Quant aux fameux «Hollande bashing» (dénigrement du Président), il serait lié, selon l’historien Michel Wiewiorka, au fait que F. Hollande est «une création des médias qu’il a su séduire. Or la logique médiatique fonctionne souvent selon un effet de balancier». Alors quelle solution pour un chef de l’exécutif plus Président gaullien que jamais, étant donnée l’insuffisante autorité et pouvoir d’un Premier ministre qui semble physiquement porter sur son visage et ses épaules le deuil de la crise ? Développer «un grand récit» pour Ch. Salmon (mais lequel ?), «faire une politique pour le XXI° siècle» pour l’universitaire Yves Sintomer (utopie concrète ou spéculative?), inventer la social-démocratie de demain pour B. Gazier alors qu’on est dans celle d’hier. Le pessimisme de l’opinion publique, les critiques ou interrogations de l’escorte des intellectuels poussent à penser que le «point clé est bien la sensation d’inadéquation entre la politique menée et entre la real-politik et le populisme des Mélenchon et Le Pen, entre le chômage qui n’en finit pas de ne pas baisser et la frénésie sécuritaire née des insécurités multipliées dans tous les domaines. Des quatre grands courants de la gauche dégagés par Jacques Julliard dans son volumineux ouvrage «Les gauches françaises» (la gauche libérale, la gauche jacobine, la gauche libertaire et la gauche collectiviste) on devine déjà celle que F. Hollande a choisie pour le temps de sa gouvernance.

Stéphane Baumont


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