Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

De Mittal en Cahuzac

C’est une semaine exécrable que l’exécutif vient de vivre pris en tenaille par les révélations de Mediapart sur le compte suisse du Ministre du budget obligé à une communication de crise qui n’a pas empêché l’étalement dans la presse quotidienne et hebdomadaire de chaque détail de cette affaire touchant de plein fouet le «père la rigueur », le « gardien de l’orthodoxie budgétaire de la gauche », « machine à dire non », qui avait tant manqué à la gauche en 1981 et Arcelor-Mittal dans le dossier Florange (ressemblant à ce que fut Gandrange pour le Président Sarkozy). Comme le souligne Mediapart, ce dossier est « un symbole de la rupture avec les ouvriers et un procès en trahison ». Car au-delà de la mise en scène du désaccord entre Jean-Marc Ayrault et son ministre du redressement productif -prônant la nationalisation- c’est désormais François Hollande qui est en première ligne. « François Hollande qui a semblé donner raison à la fois à Arnaud Montebourg et à Jean-Marc Ayrault alors que les positions qu’ils avaient exprimées, apparaissaient comme difficilement compatibles. Dès lors, toutes les interprétations sont possibles sur le « hollandisme » – si tant est qu’on puisse en parler au bout de six mois de gouvernance - : sens tactique aigu, prudence excessive, indécision chronique. Un mélange des trois à coup sûr entre premier leader social-démocrate à la française et immobilisme radical-socialiste à la Henri Queuille !

A Florange, les ouvriers n’ont pas oublié les paroles prononcées par le candidat Hollande affirmant « Je viens devant vous prendre des engagements. Je ne veux pas moi me retrouver dans la situation d’être élu un jour sur une promesse et de ne pas revenir parce qu’elle n’aurait pas été tenue.» Et le charismatique syndicaliste Edouard Martin de répondre, malgré les efforts de communication de Jean-Marc Ayrault : « Nous avons maintenant deux ennemis : le gouvernement et Mittal.» Après avoir entretenu le rêve éveillé de la nationalisation-remisée- le résultat majeur souhaité et pour l’instant obtenu c’est l’absence de licenciements. Mais les Français constatent que la puissance publique se démène mais n’en peut plus, que les partis de gouvernement se fissurent, la crise de l’UMP est spectaculaire, le PCF est dans l’opposition au Sénat, les Verts manifestent contre Ayrault : il existe donc une crise de l’offre politique pour l’électorat modéré de droite comme de gauche. Cette situation dans son ensemble est une «aubaine pour le FN qui coche toutes les cases de la protestation : contre le gouvernement, contre l’euro, contre l’austérité, la mondialisation, les élites, l’immigration. Aujourd’hui, le FN est potentiellement le premier parti de France ». (D. Reynier) Reste plus que jamais posée la question sur la méthode de gouvernement du Président de la République : est-elle plus efficace parce que plus souple que d’autres, notamment celle de N. Sarkozy ? Est-elle plus porteuse de transformation en profondeur parce que plus prudente ? Est-elle plus « révolutionnaire » parce que moins spectaculaire ? Ce pragmatisme prudent désidéologisé permettra de faire face à toutes nos crises ?

 

Stéphane Baumont


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