Marc Sztulman
Marc
Sztulman
Un Toulousain concerné

De l’art du commentaire…

Dimanche 14h, une dépêche AFP tombe : le Front national porte plainte contre C. Taubira. Elle aurait osé répondre à une cadre du Front national qui l’avait comparée à un singe. En voyant la vague bleu marine attaquer en justice une victime, naïvement, j’ai cru que les commentaires sur internet se moqueraient du parti de Jean-Marie, tourneraient en ridicule cette démarche kafkaïenne, remarqueraient le parallèle entre cette démarche et celle de Dieudonné attaquant en justice la présidente de SOS racisme… C’était sans compter sur une catégorie de la population : le spécialiste du commentaire sur internet. Sancho Pança des temps modernes, partisan du complot à ses heures, sanctifiant l’envers du décor pour sacrifier la vérité, le commentateur compulsif peut être reconnu grâce à un faisceau d’indices. Avant tout, il a tout compris, tout vécu, tout appris, le commentateur est un expert. Il se présente comme cadre dirigeant dans une multinationale puis, quelques articles plus loin, comme agriculteur, pour terminer comme astronaute. Son double sournois a des amis, des relations, des connaissances qui, eux, savent ce qui se trame dans les lieux de pouvoir, et il nous fait l’immense honneur de faire tomber le voile pour nous… Ensuite, le commentateur est complotiste. Après tout, puisque le réel est si ennuyeux, autant s’imaginer être l’objet ou le sujet d’une machination, d’un complot des illuminatis, d’une cabale de la finance ou d’une conjuration des imbéciles ; d’ailleurs, en bon astronaute, il sait que les Américains ne sont pas allés sur la Lune. Enfin, le commentateur aime les systèmes clos de pensée. Il aime raisonner en noir et blanc. Il aime les explications mécaniques. Et, par-dessus tout, il confond arguments et exemples : 500 000 Chinois mangeant des kébabs ne font pas de ces derniers un plat chinois. Avec désolation, je m’aperçois que le même commentateur est partout. Il ne se cantonne pas à la politique. Il est généreux : il fait profiter le monde entier de son jugement certain, sans faille. Il a tout acheté. Il a un avis sur tout, mais surtout un avis. Malgré cet essai de typologie, on peut, au vu des commentaires qui ont suivi cette dépêche AFP, douter de sa validité, tant le spectacle offert par ces commentateurs est riche de surprises désolantes. L’anonymat qu’offre la combinaison écran/clavier libère une parole soi-disant sans tabou, presque téméraire : « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. » Il conviendrait de leur rappeler que tout le monde n’est pas secrètement un raciste xénophobe. Et face à cela, je ne peux que me ranger derrière la sentence d’Audiard : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît… »

 Journaliste politique de Radio Kol Aviv (101 fm)


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.