Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

De Bokassa à Salvador

Cela fait plus de trente ans que je monte sur scène et que les gens me comparent à Henri Salvador, sous prétexte que nous avons le même fond de teint et le même rire. Alors que moi je voulais avoir mon propre nom, mon propre comique et éventuellement ma propre carrière. Je n’avais rien à voir avec ce vieux bonhomme qui chantait pour les gosses,  enfin, c’est ce que je pensais. En 1993, je suis engagé pour jouer mon spectacle dans un château, à l’occasion de l’anniversaire de mariage d’un riche couple. Je propose à mon ami Tinou, batteur du groupe Gold, de m’accompagner ; quand il n’était pas en concert, il venait faire ma régie incognito pour se divertir. Arrivés sur le parking, nous sommes impressionnés par le nombre de grosses voitures, dont une magnifique Ferrari Testarossa B12. Les époux qui nous reçoivent sont désopilants ; ils se disputent, s’apostrophent, s’insultent en prenant à témoin les invités, mal à l’aise dans leurs costumes. À table dans la cuisine, le chef étoilé Michel Trama, nous propose de goûter le vin pour changer d’ambiance et voir la vie en rouge, ce que nous acceptons volontiers. Nous admirons l’artiste œuvrer en nous léchant les babines, quand le présentateur magicien nous apporte des plateaux repas en nous annonçant le menu: « Macédoine, rôti de porc froid, camembert et tranche de gâteau au chocolat, bon appétit !» Estomaqués, nous regardons le chef, il se met à rire puis nous dit « Ne vous inquiétez pas, je m’occupe de vous ». Ravis de cette nouvelle, nous écoutons Magic Polo nous faire part des ragots sur les artistes toulousains. « Vous savez que le groupe Image va se séparer, et que Jean-Pierre Madère fait DJ dans les mariages ? »

« Je suis le fils de Bokassa »

Nous sommes à la fois amusés et curieux, d’ailleurs je ne peux pas m’empêcher de le relancer sur le groupe Gold. « Oh les Gold ! Le guitariste se drogue, le bassiste est en dépression, quant au batteur, la dernière fois qu’il a joué, il était tellement saoul que lorsqu’ il a frappé sur la caisse claire, il est tombé à la renverse.» Tinou se lève furieux, « Je suis le batteur des Gold, pourquoi tu racontes ces conneries ? » Le magicien part quasiment en courant, tandis que je vis un de mes plus beaux fous rires. Le spectacle terminé, un homme vient me féliciter et me dire à quel point je lui fais penser à Salvador et ajoute « je suis un de ses producteurs. » Je lui réponds que moi je suis le fils de Bokassa et que je ne vais pas tarder à me faire couronner. Désolé de ne pas être pris au sérieux, il nous salue et nous quitte au volant de la Ferrari. 1994, je décide d’aller voir le spectacle d’Henri Salvador au Casino de Paris, pour mieux comprendre ce qui nous lie. Deux heures de show durant lesquelles j’ai pu mesurer la profondeur de mon ignorance et l’immensité de son talent ; on me flattait en me comparant à lui et moi je n’y avais vu que du feu. Je l’ai attendu à la sortie des artistes, jusqu’à ce qu’il arrive accompagné d’un homme qui le soutenait par le bras. Je lui raconte mon histoire, mais avant même qu’il me réponde, l’homme à ses côtés dit. « Alex ? Tu te souviens de moi ? Le château ! La Ferrari ! Bokassa ! Alors tu t’es fait couronner? » Il rit et dit à Salvador, « c’est fou ce que vous vous ressemblez sur scène, tu devrais voir ça. »

 

 

 


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