Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Croire au Père Noël

 

La politique c’est comme le temps en montagne, elle change souvent vite. En croyant ainsi le président Hollande encalminé dans la mer des Sargasses de l’impopularité qui lui collait à la peau comme une tunique de Nassus ; le voilà soudainement reparti en campagne. Fini l’enlisement dans les déficits et le chômage, finis les discours négatifs dont il n’arrivait pas à se libérer, le voilà – au-delà du « nid d’espions que serait devenu l’Élysée, Gayet oblige » – porteur d’un discours positif, défendant une France fière de ses valeurs, ouverte au monde. Comme si le président mal à l’aise dans l’habit gaullien du président en exercice préférait le costume du candidat face à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy. Candidat déjà, alors qu’il y a encore deux ans et demi de présidence, menacée par des départementales et des régionales s’annonçant mauvaises sinon désastreuses. F. Hollande se lance donc dans une entreprise de reconquête qu’il considère comme impérative pour ressouder son propre camp sur des valeurs de solidarité, de fraternité, ou d’égalité (de la rénovation urbaine à l’immigration), ainsi que sur un volontarisme positif luttant contre les thèses déclinistes, voulant s’inscrire comme rempart face aux modèles Le Pen et Sarkozy. Plus que jamais Hollande répond à l’équation « Chirac + Queuille », addition d’un radical-socialisme bon enfant et patelin (pour un certain conservatisme et une préservation des acquis) et d’une gauche sociale-libérale qui met hors de leurs gonds autant Martine Aubry que Pierre Joxe. Convaincu que le « papy boom » des années 2015-2020 conduira les « vieux » soixante-huitards à un refus de toute aventure politique (ni insurrection, ni Révolution, « ni Le Pen, ni Sarkozy ») et à un vote « tranquille », il décide dès maintenant de tenter d’incarner un « Tonton » (cuvée 1988) rassurant et rassembleur. Mais pour réussir ce changement de cap et d’image, il faut réussir là où jusqu’à présent il y a eu échec malgré la politique mise en œuvre.

 

« La vraie reprise ? L’INSEE semble le croire »

 

Or le temps mondial commence à changer la donne au point, peut-être, de rendre le président responsable d’une embellie malgré lui (comme le navigateur voit ses voiles gonfler à sa surprise!) : la baisse du pétrole et de l’euro sauve la croissance française qui pourrait atteindre 1% en moyenne en 2015. Serait-ce enfin la sortie de la crise ? Le bout du tunnel ? La vraie reprise ? L’INSEE semble le croire, l’économie française retrouve des couleurs. Mais la prudence doit rester de mise, l’embellie devant beaucoup au contre-choc pétrolier et à la dépréciation de l’euro. Quoi qu’il en soit, l’embellie même fragile que nous connaissons conforte le « président-candidat » dans son appréciation opportuniste du temps politique en faisant coïncider les premiers moments de sa reconquête du PS et de l’opinion publique avec les cadeaux de l’économie internationale et en apparaissant, sans barbe blanche toutefois, comme l’inattendu mais rituel Père Noël d’une dernière semaine de décembre fondatrice d’un moment fort de la pré-campagne des Présidentielles …


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