Philippe Bapt
Philippe
Bapt
Quelque part au fond à gauche...

Critiquer oui, tuer non

Oui, le projet de réforme du Code du travail tel qu’il est avancé avant le conseil des ministres du 9 mars ne peut satisfaire. La flexisécurité comme seule ambition a de quoi laisser perplexe. Certes, d’autres pays européens sociaux-démocrates l’ont déjà adopté… mais avec un accompagnement. Ici, la ministre El Khomri semble vouloir y aller “tout à la percussion” évoquant même l’article 49.3 et son usage si besoin. La méthode employée jusqu’ici me rappelle furieusement EDF ou GDF annonçant une augmentation de 10% des prix à la consommation dans toute la presse avant que de transiger à 5% comme si la pression populaire l’emportait… Quel jeu de dupes!

Sur la forme, il m’étonne qu’une ministre apparatchik soit chargée de cette réforme. Parfois, le parcours à la Mac Donald (occuper chaque poste pour arriver à celui de manager) ferait presque envie pour des responsables de ce niveau. Ne jamais avoir travaillé dans la société dont on veut réformer les règles laisse pantois, sans pour autant remettre en cause les qualités intellectuelles. Sur la forme toujours, à vouloir baisser le chiffre du chômage et tenter cette réforme du code du travail comme ultime cartouche peut laisser sans voix.

Sur le fond, les entreprises, et particulièrement les petites, ont besoin d’une meilleure visibilité pour embaucher. Certes, Thomas Guénolé affirme que le Code du travail n’est pas un frein à l’embauche, se basant sur l’embellie de la fin des années 90, mais il est loin le temps de la fin de la bulle internet ; c’est la mondialisation, la crise de 2008 et ses retombées qui amènent à une nécessaire révision du Code du travail.

Là se pose le délicat problème de la réécriture du Code du travail pour la gauche. L’humain n’est-il qu’une variable d’ajustement dans l’entreprise créée d’ailleurs par d’autres humains? J’évoque seulement ici les TPE-PME voire PMI. Elles seules créent des richesses et de l’emploi.

Je vais volontairement parler du cas des indemnités prud’homales. Les brider est totalement débile. Sauf à vouloir faire plaisir aux grands et moyens groupes qui intégreront à leurs prévisions le coût assuré d’une condamnation aux prud’hommes comme le calcul du coût des produits intègre le coût du pourcentage de vol en magasin. Non!

Mais peut-être que la procédure permettant la saisine de cette justice professionnelle doit être, elle, uniformisée, standardisée, que l’omission d’un mot ou d’une virgule ne conduise pas ou plus automatiquement à cette instance avec indemnités à la clé. Par contre, si de vraies fautes sont à déplorer, pourquoi brider les indemnités?

Le souci dans cette réforme c’est que rien ne l’accompagne. Exemple, les banques, dont on a nationalisé les dettes. Quels efforts sont-elles prêtes à consentir si les mesures de flexisécurité deviennent la norme? Comment allons-nous pouvoir louer un appartement? Acheter une voiture? Bref, tout ce qui constitue la base. Certains diront que l’on peut se déplacer à vélo et vivre dans une tente aussi, non?

En clair, ce projet est à revoir et plus de 300 000 personnes ont déjà contribué à faire de la pétition en ligne de Caroline de Haas la plus signée du site “change.org France”.

Toutefois, si certains ont communiqué sur le fond de cette réforme et même de façon virulente, l’attaque frontale d’une nordiste planquée du quinquennat, d’un trublion retiré de la politique, mais pas de la sniperie politique et de quelques autres fait froid dans le dos.

Au-delà des motivations, certainement personnelles plus qu’idéologiques, il est à déplorer la forme et les implications. Reprocher à l’exécutif son non savoir-faire en se plantant totalement sur sa seule grosse sortie médiatique, il fallait le faire. Madame Aubry un peu de tenue. Vous en avez manqué déjà totalement comme maire de Lille en laissant vaquer votre laïcité à volo, alors pour le reste, faites en sorte d’être irréprochable… plutôt que de s’affirmer “gauche moderne”.

En conclusion, en politique il faut être tueur certes, mais gare à l’effet boomerang!

Être progressiste ce ne sont pas des paroles, ce sont des actes!


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