Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Crise sur crise

Même si l’objectif est parfois galvaudé à force d’être utilisé sur le front des médias, on peut aisément utiliser le prédicat “historique” pour la crise que l’Europe connait sous le choc de la vague migratoire et pour la crise de l’agriculture française. Sur ces deux fronts, la crise est extrême mettant les gouvernements en situation difficile, voire inextricable ou aporétique.

Ainsi, sauf sursaut d’ici le prochain sommet européen en avril, les historiens dateront sûrement de cette crise migratoire d’ampleur jamais connue, le début d’une décomposition de l’Europe devenue impopulaire faute d’un messianisme retrouvé. Naissance au milieu des années 50, achèvement avant le premier quart du XXIe siècle ? Question qui a déjà sa réponse : les Européens se déchirent sur la crise des migrants ; à 28, les pays européens semblent inaptes à l’action collective ; un à un, les États suspendent les accords de Schengen sur la libre circulation au sein de l’Union européenne ; volonté affichée à Vienne d’isoler la Grèce pour contenir les réfugiés en deçà des frontières grecques ; enfin dans le sillon populiste du Premier ministre hongrois Viktor Orban, « préserver le profil culturel, religieux et ethnique de son pays ». Voilà donc le retour d’avant l’Europe. Pour le pire ? C’est en tout cas le mot qui convient pour mieux comprendre la crise agricole conduisant notamment aux incidents du salon de l’agriculture où François Hollande a été hué.

« 20% des exploitants perdent de l’argent en travaillant »

La crise agricole c’est quelques chiffres : les agriculteurs non-salariés ne sont plus que 533 000 contre 7,4 millions en 1946 ; le revenu brut annuel moyen d’un agriculteur non-salarié était de 14 500€ en 2014, 11 500€ pour les céréaliers et 22 100€ pour les éleveurs de porcs ; 20% des exploitants perdent de l’argent en travaillant ; le taux de suicide est d’un tous les deux jours ! Avec un tel constat, le désir de consensus du président sortant relève de l’utopie: la distribution poursuit sa guerre des prix ; les industriels refusent l’étiquetage de l’origine du lait et de la viande ! Décidément, l’ancien élu de la Corrèze qui avait fait du soutien aux agriculteurs une priorité n’a pu le concrétiser comme président de la République. Pourtant, le constat qu’il faisait il y a peu montre la qualité de son analyse : « Tout au long de ma vie locale, j’ai vu des éleveurs attendre des prix qui ne remontaient pas, supporter des charges qui ne baissaient pas et de ne plus rien comprendre dans l’organisation de la PAC. Ce temps doit cesser. » À défaut de quoi, la “jacquerie” insurrectionnelle pourrait être au bout de tous nos chemins vicinaux !

 

 


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