Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

Créer pour exister

Cette semaine on a encore un peu trop bu avec les copains. Et comme on a décidé à quinze ans de devenir musiciens et bien on a tenu parole. Sauf pour quelques-uns qui ont décidé de quitter le navire et devenir ce que l’on avait décidé de ne jamais devenir.  Alors du coup on écoute des groupes  beaucoup trop fort, et on est sourds et ivres, parce qu’on vit la nuit et que la nuit on ne trouve pas beaucoup d’eau. C’est comme ça. Ce n’est pas terrible. Ce n’est  pas bien il parait. Mais c’est comme ça. Le gros souci qui des fois me fait de la peine c’est quand je parle politique avec mes copains de promesse adolescente. Ils ont abandonné. Complètement. Depuis que l’on a réussi à leur faire croire qu’ils n’étaient plus artistes mais qu’ils n’étaient rien. Rien. De simples amuseurs. Des parasites. Et ce rôle nous avons décidé de le prendre à bras le corps. Entièrement. Vous pensez que nous ne valons rien ? Nous ne serons rien. Nous allons vous montrer ce que c’est d’être rien. Nous allons laisser tout passer, nous allons nous écrouler et être ce poids mort que plus personne ne regarde. Mais nous ne sommes pas rien. Nous ne le serons jamais. Nous sommes et représentons cette culture qui s’appelle rock n’ roll. Nous portons en nous, naturellement par cette culture que nous avons choisi l’essence de la politique. La flamme. L’étincelle. Et à nous d’inventer. A nous de leur jeter leur charité au visage. A nous de construire, ensemble, de créer. Et nous savons créer. C’est la seule chose que nous savons faire. Créer pour exister. Pour refuser.

« Laissons l’événementiel aux vendeurs de bagnoles. »

Et dans le refus de leurs miettes nous serons capables d’envisager un futur collectif pour nos cultures alternatives. Loin des vendeurs de bière. Loin de leurs institutions. Notre musique ne peut être institutionnalisée. Elle ne supporte pas le cadre. Pour exister, pour se libérer, il faut accepter d’être. Etre des artistes et en tant qu’artistes proposer. Innover. Surprendre et affirmer. Nous nous sommes plantés en nous imaginant dans l’évènementiel. Nous nous sommes plantés en jaugeant nos concerts respectifs au nombre d’entrées. Le public reviendra quand il aura quelque chose à voir. Quand nous aurons retrouvé le souffle de la proposition artistique, quand nous recommencerons à créer, à choquer, alors nous reprendrons le contrôle de notre avenir, nous reprendrons le contrôle de cette économie qui nous est aujourd’hui confisquée. Sartre disait détester les victimes qui respectent leur bourreau. Retrouvons l’irrespect, retrouvons la révolte, n’acceptons plus que les artistes demeurent cette dernière roue de ce chariot des musiques actuelle à la dérive. Et ce refus passera obligatoirement par l’innovation et la création artistique loin des cadres et des diktats commerciaux des salles, des radios et des institutions. Nous n’avons plus le choix si ce n’est celui de penser que notre culture ne peut se résumer à des « PAF », à des « START », à des « AFTERSHOW », à des « défraiements » ou à des dossiers de subventions. Laissons l’évènementiel aux vendeurs de bagnoles et récupérons ce qui nous a été confisqué. L’art, le souffre et les possibles.

 

 


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