Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Consternation

Le passage de la V° à la VI° République ?

La semaine que nous venons de vivre mérite d’entrer dans les annales de l’observatoire du politique parce qu’elle est marquée par le nouveau record d’impopularité de F. Hollande (au point de poser la question de savoir à partir de quel chiffre un Président devient illégitime) mais surtout par le feuilleton “ubuesque” sur l’avenir de la “loi famille”, donnant du gouvernement une image d’amateurisme et incitant dans l’opinion publique, comme chez les observateurs, une certaine forme de consternation : à cause du moment choisi pour annoncer le report donnant ainsi raison à la pression de la rue ; à cause de la manière utilisée, l’exécutif oubliant le législatif au point de susciter indignation et incompréhension de la part des élus à un mois et demi des municipales où une partie du “peuple de gauche” n’irait pas aux urnes ; consternation aussi de voir un Premier ministre absent le lundi et s’affichant le jeudi pour affirmer qu’il était «prêt à examiner sans tarder» certains aspects du texte (… !) ; consternation de découvrir qu’une aussi piètre communication provoque des effets aussi calamiteux jetant dans le trouble (pour longtemps ?) le “peuple de gauche” et dans la mobilisation et l’enthousiasme militant un “peuple de droite” qui a le vent en poupe en se disant «encouragé à continuer». A ce moment de consternation (mais y-a-t-il un pilote dans l’avion ?) s’ajoute le malaise national croissant qui nous engage dans une “société de défiance” dans une France ni apaisée ni rassemblée : montée des intolérances et expression forte de toutes les extrêmes droite sur fond de populisme débordant même Marine Le Pen, impuissance des partis de gouvernement dans leur capacité pragmatique au-delà de la condamnation politicienne de l’Autre, suspicion généralisée à l’égard de la classe politique et désenchantement des électeurs allant se traduire par l’abstention massive aux municipales et aux européennes (entre 40% et 50%), interrogations croissantes sur notre module économique et social (avec un Président social-démocrate et un pacte de responsabilité), sur nos valeurs (mais où est passée la République et son escorte de fondateurs aux abonnés absents dans l’école comme à l’Université, dans l’entreprise comme dans la quête du solidarisme), sur notre place dans le monde avec la peur d’une lente disparition de l’Etat-Nation. Voilà la peur qui s’installe et Hobbes “réclamé” à la place de Rousseau dans un pays qui commémore le centième anniversaire du début de la guerre de 1914, la “grande guerre”, encore appelée la “guerre du droit”, peur des Roms, de l’islam, de l’Europe, de la mondialisation, peur de tous les cancers économiques qui nous rongent (chômage des jeunes et des séniors, déficit et dette publique records, des prélèvements obligatoires inégalés en Europe, une balance commerciale structurellement négative et un désinvestissement industriel massif).

Est-on arrivé à un point de non-retour ? Celui de la fronde ouverte face à une Présidence qui n’est plus “normale” depuis un certain temps ; celui de la rue plus accueillante pour l’instant pour l’esprit manifestant que pour l’insurrection. Ou sommes-nous déjà sur la voie d’une de ces « révolutions » dont notre pays a le secret et qui pourrait signer le passage de la V° à la VI° République ?


3 COMMENTAIRES SUR Consternation

  1. Pronzato dit :

    Nous avons affaire à un etat fou. Rien ne fonctionne. Hélas il n’y a plus de cap clairement defini.les ministres parlent a tord et à travers. Le citoyen ne voit plus rien dans cet imbroglio
    Dans cette cacophonie. Le président n’a plus et pas d’autorité sur le gouvernement etc.

  2. gdfontaines dit :

    Le ” diviser pour mieux régner ” s’installe si bien qu’on voit déjà les complaisants se faire complices et oeuvrer dans les coulisses pour des Républiques printanières pour pas dire bananières.. c’est tellement plus facile de perdre la raison face à la finance folle et prédatrice qu’on préfère oublier qu’il vaudrait mieux la castrer et vite ! L’avantage de la soupe ambiante c’est que de l’ennemi sans visage on découvre tous les jours un peu mieux ceux de ses accointances : les visages d’une gauche désuète qui s’accoquine avec les pires démons en Ukraine ou en Syrie.. De cette ” servitude volontaire ” se dresse ” un monstre à l’horizon ” : le National Socialisme !

  3. AllisterToulouse dit :

    Oui, une République menacée par le recul de ce qui a fait la force de la France depuis des décennies et des siècles :
    – absence de vision et de valeurs, comprises et partagées. Il est d’ailleurs consternant de voir la volonté de certains de “réécrire” notre Histoire.
    – reniements permanents et rapides des promesses électorales
    – absence de morale, d’exemplarité d’une partie de la classe politique (nationale et locale) plus prompte à s’assurer de conserver les précieux mandats

    Le discrédit de François Hollande ne bénéficie pas aux autres candidats. Les partis politiques ne “portent” plus de projets sociétaux, ce sont les associations ou lobbys qui aujourd’hui font l’actualité politique.

    Vous avez raison, la réflexion que nous avons à mener n’est pas de savoir qui va prendre la suite de M. Hollande mais davantage de savoir comment nous voulons organiser notre fonctionnement démocratique, autour de quelles valeurs partagées et sur avec quels projets.

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