Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Conakry ou à corps et à cris  

Dans les rues de terre, défoncées par le passage des eaux de pluie torrentielles, je marche dans les traces creusées par les embarcations de fortune. Au fur et à mesure que je me fonds aux passants, ma démarche, mes vêtements et mon sourire m’apparaissent comme un déguisement. Embarrassé par les regards curieux, je réalise que mes attitudes reflètent mon appartenance à une autre société, à une autre façon de penser. Malgré mon empathie pour l’Afrique et ma semblable couleur de peau, je ne suis pas d’ici. Plongé dans l’ambiance bruyante et colorée, l’authenticité des gens met en valeur la beauté du genre humain au naturel, je mesure le poids de mes chaînes. Une gigantesque statue de femme en tenue traditionnelle souhaite la bienvenue, à ses pieds, les automobilistes semblent n’avoir aucune règle pour circuler. Tout le monde se faufile, c’est une course effrénée pour la survie ou le danger est un défi. Au milieu du bouchon monstre, un petit enfant plaque ses mains sur la vitre d’un 4×4, il insiste pour vendre des mouchoirs en papier.

« Je mesure le poids de mes chaînes »

La pauvreté est partout où je regarde, la majorité des gens tente de vendre quelque chose aux portières des véhicules qui passent.Mal à l’aise dans ma chemise qui vaut le salaire moyen de ce pays, je réalise qu’ici le droit de rester en vie est une lutte de chaque instant. Paradoxalement, je suis frappé par la puissante envie de vivre des individus, dignes et la tête haute.Je suis à Conakry en Guinée, pour un festival d’humour à caractère humanitaire. Avec d’autres artistes ivoiriens, nous récoltons des fonds en donnant des représentations, pour aider les orphelins que le virus Ebola a esseulés. Ils sont pris en charge par une équipe qui ne survit que grâce à des dons privés. Ils se battent pour les nourrir, les soigner, les instruire, avec comme seul moyen l’amour et la parole de dieu. Après avoir remis des vivres et le montant des recettes aux responsables, je regagne mon hôtel pour me rafraîchir. « Il n’y a pas d’eau dans la salle de bain », m’explique le réceptionniste assis à l’extérieur, « il faut attendre ! » Je m’assieds en l’écoutant relativiser le problème tout en regardant un groupe de gens faire des percussions sur un tonneau rouillé. Je me questionne sur ma façon de vivre en tant que Français et aux futilités que je considère comme importantes. Je finis par sourire enlaissant s’envoler mes principes d’homme blanc, foncé, avec la poussière qui suit un bus bondé de gens et surchargé de bagage. Je n’ai qu’une envie, danser sur leurs rythmes en criant mon envie de liberté.

 

 

 


UN COMMENTAIRE SUR Conakry ou à corps et à cris  

  1. VERDIER dit :

    Tu as toujours mesuré le poids de tes chaînes
    Magnifique récit

    Mille bisous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.