Jean François Laffont
Jean François
Laffont

Comment ne se votent pas les lois !

Le 14 janvier dernier a eu lieu à l’Assemblée nationale un débat sur une proposition de loi déposée par le député socialiste breton Paul Molac, relative aux langues dites régionalesprécisément sur l’audiovisuel public et l’enseignement immersif. Cette proposition a été rejetée dans des conditions surréalistes, en pleine nuit, dans un hémicycle peuplé, semble-t-il, de fantômes ! En effet, alors que seuls 24 députés étaient présents, ce texte a été rejeté par 14 voix contre, 13 pour et une abstention : ce qui fait 28 votants….

Cette arithmétique étrange n’a pas manqué d’étonner de très nombreux citoyens, ce procédé étant extrêmement choquant s’agissant de compenser l’absence des députés en séance.Un tel vote révèle encore une foisl’attitude méprisante de beaucoup d’élus à l’égard de nos concitoyens, spécialement dans les zones où sont parlées les langues dires « régionales » alors que tous les sondages rappellent que les Français sont très attachés à la diversité linguistique, à leurs langues et à leurs cultures (à plus de 70 %).De plus, il semble qu’aucune consultation des députés absents n’ait été faite avant ce vote.

Enfin, ce vote est en totale contradiction avec celui obtenu en 2014, lors du débat portant sur la proposition présentée par Jean-Jacques Urvoas, le nouveau Garde des Sceaux, concernant la ratification de la Charte européenne des Langues Régionales ou Minoritaires : à cette époque la proposition a été votée, mais elle s’est heurtée ensuite à l’opposition du Sénat, passé entre temps à droite…

« Les réalisations concrètes sont inexistantes »

Alors, finalement, qui doit-on croire ? Les députés qui votent un texte en 2014, ou l’hémicycle vide qui dit le contraire en 2016 ? Où serait-ce le syndrome de la « patate chaude » qui fait que tout le monde s’accorde pour ne rien faire en réalité ? Cependant les annonces politiques avaient été nombreuses et alléchantes : promesse « 51 » du candidat Hollande sur la ratification de la Charte européenne des Langues Régionales, débat à l’Assemblée nationale en 2014, et en 2015 nouvel engagement du Président de la République sur la même Charte… Mais les réalisations concrètes sont inexistantes.

Pourtant en 2013 Mme Filippetti, alors ministre de la Culture et de la Communication, avait commandé un rapport à une commission composée de dix personnes afin de lui faire des propositions précises sur cette question. Ce rapport lui non plus n’a donné lieu à aucune application concrète, il y avait pourtant dans ce texte, des propositions qui auraient dû être reprises très facilement pour donner enfin un statut légal à nos langues dont l’existence semble encore niée…

La France et son repli identitaire jacobin sont la risée de l’Europe ! Alors que les langues de France sont notre patrimoine, notre richesse, faudra-t-il comme en mai 2012 que les représentants des langues dites régionales renouvellent leur demande d’asile culturel auprès de l’Unesco ?

Comment la France peut-elle continuer à donner des leçons de démocratie et de diversité culturelle au monde entier en se conduisant avec autant de mépris pour les propres composantes de sa culture ?

Les réponses à ces questions nous seront données dans les promesses qui nous seront faites en 2017 ! Il s’agira alors de ne pas désespérer les millions de locuteurs bretons, basques, alsaciens, corses ou occitans, il en va du peu de crédibilité dont disposent encore nos femmes et hommes politiques, il en va de l’avenir de notre démocratie !

 

 


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