Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Cohabitation à l’Américaine

Plus que l’affaire de la succession de Richard Descoings, Directeur de Sciences-Po Paris jusqu’à son décès, entraînant une surmédiatisation autour des dossiers et de la gestion sévèrement critiquée par la Cour des Comptes en suscitant une forme de «coup d’Etat» institutionnel ; plus que l’assignation en reconnaissance de paternité de Dominique Desseigne, PDG discret du Groupe Lucien Barrière par le «tourbillon» Rachida Dati ; plus que la publication des correspondances de Sigmund Freud avec ses enfants et donnant l’image d’un père attentif ; plus que le succès de l’histoire à la télévision (Stéphane Bern et Franck Ferrand), c’est l’élection présidentielle aux États-Unis qui suscite le plus d’intérêts : les sondages annoncent un résultat particulièrement serré même si la gestion de l’ouragan Sandy et l’action de l’Agence fédérale des secours d’urgence ont placé Obama dans une dynamique illustrée par les ralliements de dernières minute qui se multiplient (soutien notamment au maire New-York, Michael Bloomberg et de l’hebdomadaire britannique libéral «The Economist» rappelant à sa réélection). A noter la prévision d’un jeune statisticien promu gourou de la prédiction politique qui déclare publiquement que le Président Obama arrivera en tête dans suffisamment de sondages réalisés dans les Etats-clés pour obtenir les 270 grands électeurs et donc un renouvellement de son bail à la Maison Blanche. A chacun rendez-vous dans la nuit du 6 au 7 Novembre. Et après cette passionnante nuit américain, quelles réponses aux principales questions : quelle protection sociale ? Quelles solidarités ? Quelle dette ? Quelle armée ? Réponses d’autant plus difficiles à donner que la plupart des politologues s’attendent à ce que le paysage politique change peu : le Sénat démocrate et la Chambre des représentants contrôlée par les Républicains, augure d’une nouvelle et classique cohabitation à l’américaine. Il y a donc un sérieux risque de paralysie !

Le Président élu devra donc tenter de détacher quelques parlementaires du «camp adverse» (comme Obama le fit en janvier 2009) ; le candidat Romney affirme qu’avec lui «cohabitation ne sera pas paralysie». Pour l’économiste et historien Michael Lino, «s’il est réélu, Obama va être un Président faible» parce que «personne n’a peur des présidents qui exercent leur deuxième et dernier mandat» ; il poursuit : «Si Romney gagne, il sera aussi un Président faible» parce que «l’aile droite de son parti ne lui fait aucune confiance». Alors dans ce scénario de cohabitation à trois (chez nous, c’est à deux), entre Maison Blanche, Sénat et Chambre des Représentants, comment le nouveau Président va-t-il aborder «la falaise budgétaire» ? La relance industrielle et les relocalisations en cours permettront-elles la création de beaucoup d’emplois stables, principale préoccupation des Américains ? Alors qu’aujourd’hui, quel constat avant de découvrir le leader de cette hyper puissance : pour Hubert Vedrine, ancien Ministre des Affaires Étrangères (1997-2002) «Obama n’a pas la puissance d’un Roosevelt, d’un Truman ou même d’un Clinton. Il existe donc au moins un déclin relatif», pour l’écrivain américain Russel Banks, «Romney a convaincu suffisamment de blancs des classes moyennes et ouvrières de voter contre leur intérêt… La République avec Romney se transformera en une ploutocratie, le New Deal de F.D. Roosevelt sera définitivement enterré… La ploutocratie américaine a réussi à faire naître les alliances dans lesquelles la race l’emporte sur la classe. C’est un événement historique» et cette affirmation de l’écrivain concernant Obama et l’exercice du pouvoir (mais que nous devons lire avec plus que de l’intérêt en France, à Matignon comme à l’Élysée : «A Washington, vous vivez dans une bulle, personne ne parle franchement au Président sauf peut-être sa femme. Il est entouré de gens comme lui. Difficile de penser clairement dans une salle de miroirs». A bon entendeur, salut !

 

Stéphane Baumont

 

 


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