Thomas Simonian
Thomas
Simonian

«Cogito, ergo sum»

 

«Je pense donc je suis», comme l’écrira René Descartes (1596-1650) avec son œuvre maîtresse «Le discours de la méthode» qui va apporter à la société française un autre mode de raisonnement reposant essentiellement sur le bon sens. Un discours, un mode de pensée qui, à son époque, va mettre en difficulté l’autoritarisme ambiant sur les thèmes imposés qu’étaient alors la monarchie absolue, la religion cultivant le fanatisme etc… Ainsi, avec un courage et une audace folle, il va libérer l’esprit, rejoignant d’une certaine manière un certain Bernard de Chartres qui déjà au XIIème siècle, rappelait avec sagesse que nous étions : «… semblables à des nains assis sur des épaules de géants». Et d’ajouter : «Nous voyons davantage de choses que les anciens, et de plus lointaines, mais ce n’est point grâce à l’acuité de notre vue ou à la hauteur de notre taille. C’est parce qu’ils nous portent et nous haussent de leur hauteur gigantesque».

Un constat, une réalité qui de siècles en siècles, nous collent à la peau, de générations en générations. Comme si nous n’avions jamais rien compris à l’histoire de notre pays, comme à celle de l’Europe, où nous prenons pourtant nos fondements… Comme si nous n’avions jamais entendu la leçon.

Et pourtant nous devrions être interpellés, avoir un instant de lucidité et se poser la question de notre propre rôle dans cette société, de notre responsabilité quant à son devenir…

Sauf que nous sommes dans l’illusion du mieux vivre apparent apporté par des conforts supposés de technologies supérieures. Aujourd’hui il est facile de croire, qu’avec un iPhone, l’on tient le monde, le savoir, au bout de ses doigts. Mais, à y regarder d’un peu plus près, que reste-t-il de l’apport de l’autre pour simplement grandir ensemble ? Où est le partage, le bonheur conjugué avec nos semblables ? Aujourd’hui, sommes-nous conscients de nous éloigner toujours plus de nos valeurs, comme de nos principes voire même de nos préceptes de vie inscrits à l’origine dans la relation humaine avec le contact physique, l’échange, le partage, la communion d’idées, d’actions ; le «Gagner»… Pour autant de valeurs qui ne peuvent que consolider le respect de l’autre.

 

Toulouse l’exemple ?

 

Il y a quelques années, la Mairie de Paris vantait «la Capitale aux 100 Villages» pour souligner la diversité, la convivialité offerte dans son espace, d’Auteuil à Ménilmontant en passant par la Butte aux Cailles, disait la publicité. Le slogan aurait valu pour Toulouse, avec ses innombrables quartiers et faubourgs qu’il fallait hier apprivoiser pour bien en connaître les singularités : Saint-Cyprien, Bonnefoy, les Carmes, Arnaud Bernard, les Minimes, les 3 Cocus, Bellefontaine, le Mirail, Saint-Michel, Lardenne, La patte d’Oie, les Izards, Bagatelle, la Reynerie, les Arènes, Purpan, Roguet, Borderouge.

Oui, autrefois, les Toulousains étaient moins nombreux. Mais ils étaient fiers de leur histoire commune et gardaient dans le souvenir de leur glorieux passé de Capitale Languedocienne le culte de l’urbanité. Le signe distinctif qui était le point commun avec l’ambiance des villes italiennes ou espagnoles. Le plaisir de sortir, d’arpenter les boulevards «paséo», de s’installer aux nombreuses terrasses de cafés, d’aller fréquemment au cinéma ou même à l’Opéra, s’arrêter devant les Américains pour profiter du spectacle… Un programme qui était tout fait et laissait le loisir de prendre le temps de se retrouver chez son boulanger, son boucher, son charcutier… Comme chaque fin de semaine au marché à la volaille et aux légumes, au bistrot du coin pour refaire le monde, d’aller prier à l’église chaque dimanche matin, la pétanque, la partie de football ou de rugby l’après-midi…

Ce mode de vie conduisait à une grande mixité sociale, encourageait à cette particularité traditionnelle de notre ville où la liberté d’agir, l’ouverture d’esprit restaient le maître mot de la tolérance de l’autre pour entrevoir le partage. La moindre fête chez l’un était vécue par tous… Certes, on ne peut agir de la même manière quand la population est de 240.000 habitants comme dans les années 50, et aujourd’hui en 2013 où Toulouse et son agglomération dépassent le million d’habitants. Mais quand même…

 

Aller au-devant de l’autre…

 

Alors, aujourd’hui, où sont les opportunités de se connaître, d’échanger, d’apprendre le vivre ensemble ? Ici, tout le monde vit reclus dans sa rue, dans son appartement, ne prendra pas le risque de sortir de son territoire, même en plein jour.

La qualité de vie, le mieux vivre sont la résultante d’une prise de conscience, d’une prise en compte permanente, de l’espace dans le temps, de son mode d’utilisation comme du nombre des usagers qui le font vivre… Force est de constater qu’à Toulouse, comme sur tout le reste du territoire français, au fil des années, elle s’est peu à peu dégradée. Voire devenue un véritable handicap à qui veut y vivre, y entreprendre… Et à un degré ou un autre, ne nous dérobons plus, nous portons tous une part de responsabilité dans cet échec…

Oui, même dans notre fameux «Grand Toulouse», avec ses villages Gascons ou Languedociens, qui naguère attiraient pour leur aspect riant, chaleureux où, bon gré mal gré, petits commerces oblige, la convivialité semblait encore de mise, qu’en est-il vraiment aujourd’hui ? Car l’on se doit de reconnaître que le stress du quotidien, l’insécurité économique, l’urbanisation à outrance et sans discernement, le manque de transports en commun, semblent aussi condamner à termes ces prétendus petits havres de paix, à devenir des villes dortoirs, sans âmes.

Pourtant, est-il trop tard pour arrêter la machine infernale du chacun pour soi, pour inverser cette tendance qui nous dirige droit dans le mur… Est-il trop tard pour se doter d’outils et de moyens susceptibles d’engager les collectivités, de sensibiliser, de responsabiliser, d’inciter le plus grand nombre, parmi nous, à participer au mieux vivre partagé ? Convaincre les Toulousains qu’ils ont matière et intérêts à devenir acteurs dans leur ville, pour ancrer définitivement le «Mieux vivre à la Toulousaine». Quasi un label à faire renaître et à défendre coûte que coûte si l’on veut retrouver l’harmonie du vivre ensemble, le respect de l’autre, la sécurité des personnes et des biens, la liberté de pensée et d’agir ?

Alors, probablement qu’en 2014 le thème décisif pour les Municipales pourrait être celui du «Mieux Vivre raisonné»… Et pourrait nous rappeler tous à plus de responsabilité et donner encore plus de force à un certain Victor Hugo lorsque dans un discours fleuve à l’Assemblée Nationale, il marquera l’Histoire de notre pays en déclarant : «Naguère la civilisation obéissait à la force, désormais elle obéira à un idéal. Plus d’autre souveraineté que la loi pour le Peuple et la conscience pour l’Individu. Désormais pour chacun de nous les deux aspects du progrès se dégagent nettement et de fait nous engagent tous. Les voici : Premièrement exercer son droit, c’est-à-dire, être un Homme… Exercer son devoir, c’est-à-dire, être un Citoyen».

Il n’est pas trop tard pour écrire ensemble la plus belle des histoires de France, celle où, toutes générations et toutes origines confondues, chacun aura toutes les opportunités de s’épanouir dans un «Mieux Vivre partagé et responsable»…

 

André Gallego

Direction Ligne éditoriale

Président France Génération Plurielle

andreg@aol.com

 

 


UN COMMENTAIRE SUR «Cogito, ergo sum»

  1. Gallego dit :

    Editorial sublime… Mais comme d’hab’ une mise en page à revoir…
    Photo un peu foncée qui ne met pas en valeur l’auteur…
    Encore des Jaloux

    Le Fennec

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