Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Coexistences des cultures ?

Plus que les violences scolaires qui mettent les enseignants en difficulté au point que certains d’entre eux ne sont plus «maîtres en classe» (il faudra décidément relire la lettre de Jules Ferry de 1882 aux instituteurs), du frère Merah qui réfute toute complicité, que la fusion EADS-BAE (défi lancé à Boeing puisque ce mariage entraîne la naissance du premier groupe mondial d’aéronautique et de défense), plus que  le drame de Chevaline qui continue à intéresser les médias transformant le drame en vrai feuilleton d’enquête policière, ce sont les manifestations contre le film «L’innocence des musulmans» qui ont pris un tour particulièrement violent (six morts dans le monde dont l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye). De l’Inde au Maghreb, c’est la haine de l’Amérique. C’est une profonde détestation de la puissance américaine qui se cristallise dans ces émeutes. Une haine qui prend ses sources dans la diffusion d’un film anti-islam («chapelet d’insultes pour dénigrer  la foi de l’autre» pour le professeur Malek Chebel) : battement d’aile dans un coin de la planète, tsunami à l’autre bout du globe. Voilà que certains observateurs en guise d’explications remettent au goût du jour le fameux «choc des civilisations» de Huntington ; d’autres souhaitent que le fameux «printemps arabe» ne se transforme pas en «hiver intégriste». Face à cette vague de colère et de violence (dont l’immédiateté et la transmission ont surpris tout un chacun) il faut méditer cette pensée de Charles Péguy : «Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique» et cette réflexion de Claude Levi-Strauss : «La civilisation implique la coexistence des cultures offrant entre elles le maximum de diversité et consiste même en cette coexistence». Sur le plan intérieur, marqué par la désignation d’Harlem Desir comme successeur de Martine Aubry repartant vers Lille en continuant à rêver à Matignon, par la guerre des candidats entre Copé et Fillon et la question de savoir qui aura le plus de parrainages (il en faut à peu près 8000), François Hollande (qui vient de commander à Jacques Attali un rapport sur «l’économie positive et responsable») n’est pas sur la bonne pente : sa prestation sur TF1 n’a pas convaincu, sa popularité continue à s’effriter inexorablement. Sur fond de montée du chômage, de croissance zéro et d’impatience sur le changement, la popularité du Président – caricaturée en indécis par les «Guignols de l’info» – continue à fondre à un rythme accéléré. Il se trouve en difficulté pour combattre efficacement les affres de l’impopularité qu’il connaît deux mois avant Chirac en 1995 et quatre mois avant Nicolas Sarkozy en 2007. Il abandonne du terrain chez les ouvriers, les électeurs du FN et de la gauche radicale (impuissance face à la fermeture de PSA), il remonte chez les travailleurs indépendants, les centristes et les retraités (mais c’est sans compter avec le récent rapport de la Cour des Comptes qui veut durcir la fiscalité des retraités). A noter que le Premier ministre subit la même érosion et que les personnalités de droite comme de gauche voient aussi leur image se dégrader ; décidément, il n’est pas bon d’être en première ligne dans les temps de crise, n’être pas capables de rassurer dans l’immédiat et être perçus comme des gouvernants inefficaces face à la crise.

 

Stéphane Baumont


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