Greg Lamazères
Greg
Lamazères
Journaliste, écrivain

Cœurs battant la chamade

Comme dit à peu près l’écrivain américain Jim Harrison, qui vient de mourir, laissant un grand trou, la vie devient supportable avec l’ail et le vin rouge. Ce n’est pas qu’une question d’aliment. L.-F. Céline, Henry Miller et les auteurs de polars « durs à cuire » en sont l’équivalent pour l’esprit. Mais aussi le rock et la poésie, dans ce qu’ils ont de plus féroce. Toulouse n’a pas l’air comme ça, et pourtant c’est une ville éminemment rock’n’roll et poète qui a donné vie à nombre d’artistes dont les tourments ont nourri des chansons et des vers puissants qui nous conduisent au-delà des portes de la réalité, cette illusion dans laquelle on nous emprisonne. Poète : Serge Pey. Et, en ce moment, les musiciens rencontrent un public fervent dans toute la France et en Europe. Reprenant les choses là où le cinéaste italien Elio Petri les avait laissés en 1971 à la fin de « La classe ouvrière ira au paradis » (avec l’acteur immense Gian Maria Volonte), le rocker, parleur et metteur en sons Michel Cloup (ex-Diabologum) est un artiste qui restera « culte » mais devrait être enseigné dans les lycées (ou pas, pour le préserver). Son dernier effort, « Ici et là-bas », en duo, avec le titre « La classe ouvrière s’est enfuie », a la force d’un brûlot qui ne hurle pas et décrit ce que nous sommes devenus, en vérité.

 « Comment échapper à cette foutue société matérialiste ? »

Il y a aussi Big Flo et Oli, ce tandem de rappeurs à peine sortis de l’adolescence, dont les rimes et le flow sans forfanterie ni rimes grotesques sont l’expression d’une génération lassée des cadors ridicules et des adultes fourbes. La chanteuse, compositrice, guitariste et pianiste Norma, inspirée par John Fante ou Gram Parsons, incapable à juste titre de se laisser dicter sa loi, démarre une carrière à la PJ Harvey avec l’aval des Inrocks, de Libé et d’autres institutions. Si une vedette de la télé reprenait l’une de ses chansons, elle gagnerait sa liberté en termes financiers, tout en restant à peu près pure et en poursuivant sa route avec le cœur battant la chamade, ce qui est l’apanage des vrais artistes. Kid Wise produit des chansons qui font dresser les poils sur la nuque, façon Bowie, repris dans des pubs et des émissions TV, et son chanteur est lui-même fils de poète (l’émouvant Charnet). Les Dodoz sont devenus Las Aves en s’établissant à Paris et en tombant dans l’électro, pourquoi pas? Et tant d’autres, plus ou moins originaux… La question est : comment échapper à cette foutue société matérialiste, à cette France racornie, à ces injonctions incessantes?


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