Charlie un jour, Charlie toujours ?

Ils y étaient ! Au moins sur la photo. Tous « Charlie » des allées Jean-Jaurès jusqu’au mémorial de la Résistance. Ils avaient répondu samedi 11 janvier à Toulouse à l’appel lancé par François Hollande « à tous les Français ». Mais bon, au risque d’être confondus avec  les « tous » en question, invités à défiler « en citoyen », certains avaient tout de même pris le soin de mettre leur écharpe tricolore. Donc citoyens jusqu’au bout du gland, doré plein fil, qui fait la fanfreluche républicaine et la distinction d’avec le vulgum. Parmi ceux-là, justement, l’œil humide d’avoir bramé à coups de communiqués de presse sur leur inaltérable pépie d’unité nationale contre l’intolérance et pour la liberté d’expression, on en distingue quelques-uns qui défilaient, naguère, contre le mariage homosexuel ; d’autres qui ont interdit une expo pour la journée de la violence conjugale. Comme quoi, on peut être aussi dispo pour l’unité que pour le clivage. Et pour la photo.  Plus récemment, leur urgent besoin d’une presse libre à l’aune d’une République sans sujet tabou, s’était arrêté au niveau des questions que Le Journal Toulousain leur posait sur la privatisation de l’aéroport. Non sans faire sentir au passage qu’ils trouvaient assez mince la frontière entre journaliste et importun. Mais c’était hier. Samedi ils étaient là avec le cœur. Et le photographe.

 

« Effaçons les ardoises qui fâchent »

 

L’heure est à l’unanimisme et à la réconciliation. Alors, ne boudons pas. Effaçons les ardoises qui fâchent. Devenus Charlie, ils ne vont plus s’encagouler derrière leurs services de presse quand une question, fût-elle posée par un journal local, les embarrassera. Finies les sournoises fatwas visant à éluder les plumitifs chafouins des « listings médias ». C’est du jadis. On ne les verra plus désormais ravaler les budgets publicitaires pour punir un article un peu moins hagiographique que leur communiqué. C’était naguère. Leurs coups de fil dénonciateurs aux rédacteurs en chef car ça aussi, ils savent (pardon, ils savaient) faire, c’était avant l’an zéro de la photo où ils ont l’air grave. Oui à la République pour laquelle on a tous défilé samedi.  Charlie un jour, Charlie toujours ? Prudence. Laissons passer l’émotion. Pour trancher entre sincérité circonstancielle et adhésion véritable, il va falloir un peu de temps. Il en faut toujours. Tiens, prenons l’hiver 90 : à gla-gla. Quarante-huit familles à la rue, quatre mois sous une tente dans le XX° arrondissement. Manifs dans toute la France, on se tenait chaud. Création du DAL. Aujourd’hui, à Toulouse, la SA Languedocienne d’HLM cherche des poux au DAL qui aligne des candidats aux élections des représentants des locataires. Professions de foi contestées, accès entravés aux boîtes aux lettres pour la campagne, récusation des membres du DAL au sein de la commission de vérification des opérations de vote : « ils disent du mal », proteste la Languedocienne qui n’hésite pas à proposer une profession de foi HLM-compatible. DAL un jour, un quart de siècle et cours toujours. Aussi, Charlie est en droit de se demander ce qui va se passer une fois l’écharpe rangée dans la naphtaline ? Quand les photos auront jauni ? Pour nos élus enrubannés, tout se contient dans cette seule question : auront-ils allumé les Lumières en rentrant ?

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.