Brice Christen
Brice
Christen
Le cynisme aggravé

Cette semaine il ne s’est rien passé d’intéressant, j’ai dû inventer.

Lundi, peu après 9h30, un témoin alerte les forces de l’ordre pour signaler un début de rixe dans un centre de loisir toulousain. Très vite la police arrive sur place. Il y aurait bien eu une altercation entre Martin, 4 ans et Louis, 5 ans, au sujet d’une construction Lego. L’information remonte dans les rédactions, des envoyés spéciaux sont envoyés sur place. Itélé et BFM ne lâchent pas le direct. On en apprend rapidement d’avantage : Martin habite le quartier tandis que Louis n’est arrivé que depuis six mois. La police cherche d’éventuels antécédents judiciaires. Sur le plateau de BFM, un psychanalyste établit le profil psychologique des enfants. Son intervention est coupée : le professeur de CP de Martin est en ligne. Il n’a rien vu venir et ne comprend pas cette attitude soudaine. Il se rappelle avoir vu un jour son élève tenter d’emboîter un cube de couleur dans un triangle non prévu à cet effet. Pour le psy il n’y a aucun doute : tous les plus grands criminels de l’histoire présentaient le même trouble.

« Tous les criminels de l’histoire présentent ce trouble. »

Dans l’heure qui suit BFM annonce qu’elle a trouvé un lien entre Martin et un réseau terroriste musulman : selon une source officielle, son père ferait régulièrement ses courses dans une épicerie tenue par un Tunisien. L’information est démentie, mais le gérant est arrêté pour « subvenir au principe de précaution » selon Manuel Valls. Selon ses proches, Martin aurait séjourné une semaine en Turquie avec ses parents. Officiellement des vacances, mais le chef de la police déclare « ce peut être une couverture pour effectuer des stages commandos terroristes ». La classe politique réagit vivement. La droite dénonce une gestion calamiteuse du pays par la gauche et une dérive du système éducatif Français. Marine Le Pen voit dans cette dispute de construction Lego un appel à l’aide des classes populaires à travers la crise du bâtiment et l’insuffisance de débouchés dans la maçonnerie. A 15h, Le RAID est appelé en renfort. Mais à 16h la cloche de l’établissement retentit et glace le sang des hommes armés. Une horde d’enfants se rue vers la sortie. Les deux fauteurs de troubles sont interpelés sans montrer de résistance. Après douze minutes de garde à vue, Louis et Martin sont relâchés, il ne s’agissait que d’un malentendu. Ce dernier ayant vomi sur la tour en Lego de Louis, s’en est suivi une dispute qui s’est arrangé lorsqu’il a proposé d’aider à reconstruire le building.


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