Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

Ce que j’aime le plus, c’est parler de trucs que je ne connais pas

 

Ce que j’aime le plus, c’est parler de trucs que je ne connais pas. Je fais ça tout le temps. C’est mon kiff. Avec Rémi Vincent* on en parlait ce matin. Lui il n’aime pas parler de trucs qu’il ne connait pas. Enfin, c’est lui qui le dit vu qu’il parle beaucoup de trucs de gauche. Et que la gauche, il pratique plus. Donc lui il veut avoir lu un truc pour pouvoir en parler. Moi pas. Du genre, le nouveau bouquin de Mélenchon, sans même l’avoir lu je sais bien que c’est un bouquin profondément raciste. Germanophobe comme on dit. Le nouveau Todd, typiquement, c’est un bouquin réactionnaire et islamophobe. Un peu comme le nouveau Houellebecq. Et puis je trouve toujours des trucs sur le net, les « meilleurs passages », comme ça je peux faire croire que je l’ai lu. Le seul souci c’est quand tu lis le bouquin pour de vrai. J’ai lu le nouveau Houellebecq, par accident, et je ne l’ai pas trouvé raciste. J’y ai même trouvé un peu de talent et d’intelligence dedans.

” Ce weekend il faisait beau alors on a fait des grillades “

Mais alors… Deux solutions. Soit j’accepte d’avoir tort et suivre ce qu’on me dit de croire sans faire d’effort, soit je lis pour de vrai les trucs, au risque de trouver ça fatigant. Evidemment je reste sur la première option, vu que ça fatigue moins et que je suis faignant. Donc voilà, sinon lundi soir j’étais au bistrot et j’ai vu passer la manif de velorution. Ils étaient nombreux et puis bonne ambiance tout ça. Et puis avec les vélos ça faisait encore plus gros comme manif, malins les cyclistes. Bon moi j’étais au comptoir et faut bien avouer que les vélos ça m’intéresse pas alors j’ai continué à distiller tranquille. En fait, penser faire la révolution en défendant les pistes cyclables ça me fait penser à une anecdote cubaine. Ernesto était envoyé en URSS pour négocier des aides avec les camarades. Il en profite pour demander du matériel pour une usine de déodorants. Les russes ne comprennent pas. Il recommence son explication… Toujours pas compris. En fait les russes ne comprenaient pas l’idée même de relancer une usine de déodorant. En quoi le déodorant pouvait il aider le peuple cubain à installer la révolution ? Les pistes cyclables c’est la même chose. Alors que rester peinard accoudé au bistrot, là, oui, tu montes sur la scène de l’Histoire et tu renverses la table des négociations. Non ? Moi je trouve. Un dernier truc. Ce weekend il faisait beau alors on a fait des grillades. Et pendant les grillades un copain me disait « ouais mais tu vois le 1er mai ça sert à rien, tu sers le patronat en manifestant, on ferait mieux de casser des vitrines. » Bon franchement sur le fond, casser des vitrines je le ferais volontiers si j’avais du courage. Partant de mon manque de courage, faut trouver un autre moyen d’action. Donc je lui dis « oui mais tu sais manifester le 1er mai c’est quand même important, c’est fêter la classe ouvrière, et puis des camarades sont morts pour qu’on puisse prendre l’apéro après la manif. Et d’ailleurs si on ne manifeste pas comment on fait pour aller à l’apéro de la CGT après ? » Mon pote ça l’a pas convaincu, il est resté sur sa conviction première : Pour lutter contre le patronat, mieux vaut rester couché et cuver que de descendre dans la rue. Pourquoi pas après tout…

 

*Conseiller municipal d’opposition  à Colomiers (Parti de Gauche) et porte-parole du collectif Casanova


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.