Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Capitaine Némo et Docteur Coué

Alors qu’il vient d’être nommé à la tête d’une commission chargée de « l’économie positive et responsable », Jacques Attali lance en forme de menace que « les politiques ont peur de la révolte, ils auront la révolution », ajoutant « ce n’est pas du tout la victoire des théories libérales » mais une plaidoirie pour un « État fort, juste et efficace ». Pour l’économiste Daniel Cohen, auteur d’un passionnant « Homo Economios », « la situation actuelle est abominable » et de nous annoncer que 2013 sera la deuxième grande année de crise après 2009… Avec cette différence fondamentale, nous avons usé toutes nos cartouches en matière de politique économique. Autant de raisons d’accélérer l’avènement de « l’économie positive et responsable », aussi importante aujourd’hui que l’était le capitalisme au XII° siècle. Nicolas Baverez, le plus pessimiste – mais c’est sa première nature ! – mais aussi le plus réaliste de nos économistes pense que l’agenda 2014 est « la chronique d’une faillite annoncée » en affirmant : « le pari économique de François Hollande est perdu d’avance (le choc fiscal de 2% du PIB de Hollande va transformer la stagnation en dépression). La France renoue avec les années 30 en faisant le choix suicidaire de la déflation contre le reflation. L’année 2013 sera décisive pour la France comme pour la zone euro (y aura-t-il conversion du système français ?) ; et  concluant son analyse critique et « sinistre » par « l’agenda 2014 est au redressement économique ce que le Canada Dry est à l’alcool – on dirait du Schroeder mais ce n’est pas du Schroeder - ». Devant la gravité de la situation, Denis Kessler, ancien N°2 du MEDEF en appelle au « gouvernement d’Union nationale ».

Prédictions, conseils et prévisions intervenant au moment où plus des deux tiers des Français (67%) jugent que la politique n’est pas efficace et une nette majorité (53% contre 45%) considère qu’elle n’est pas juste. Au point qu’on peut se demander dès maintenant si la politique de l’horizon lointain, de l’action opiniâtre et de la pédagogie patiente est le meilleur des choix politiques, le juste choix, le préférable à toute autre. Christophe Barbier souligne que « l’opinion attend un pompier, le Chef de l’État offre une vision de sous-marinier, de Capitaine Némo de l’Élysée ». Reste aux optimistes – ils ne sont pas très nombreux – à espérer que le radicalisme de gouvernement et de pensée du Président lui permettra, en héritier de la culture politique corrézienne, d’être à la fois Capitaine Némo et Dr Coué, et réussir ! C’est dans cette ambiance  – sinistrose des temps de pouvoir accentuée par le choc de la liberté d’expression sur les digues de la sécurité (affaire de Charlie-Hebdo) – que plusieurs intellectuels, essayistes et hommes d’affaires (Cohen, Attali, Alain Minc, Denis Kessler, Philippe Aghion et Bernard Tapie) lancent quelques idées sur la résolution de la crise sous le titre « Mr Le Président, voici ce qu’il faut faire » : « réformes » écrit Kessler ; Attali et Cohen se demandent si c’est « une affaire de souffrance ou de gouvernance » ; Ph. Aghion conseille de provoquer un « choc de compétitivité » ; pour Alain Minc, « la France a deux atouts : son épargne et sa démocratie » ; même si elle est « un gros canton dans une Europe en voie de marginalisation ». Quant à Bernard Tapie, il est clair dans ses conseils : « Hollande devrait dire « je ne ferai que cinq ans » se libérant ainsi des contraintes de la réélection ! » Nous voilà donc à nouveau entre réformes et révolution, confirmant ainsi notre tradition politique, à ceci près qu’une « nouvelle démocratie du savoir est en marche » selon Michel Serres. Désormais, nous dit-il, « la seule autorité qui peut s’imposer est fondée sur la compétence.  Si vous n’êtes pas investi de cette autorité là, ce n’est pas la peine de devenir député, professeur, président, voire parent … L’autorité doit être une forme de fraternité qui vise à tous nous augmenter. »

 Stéphane Baumont


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