Marianne Meyzen
Marianne
Meyzen
Membre du bureau de l'UDI 31

Candide au pays des chômeurs

 

 

Il fut un temps où pour se disputer avec son voisin ou son beau-frère, il suffisait de lancer la conversation sur la politique. A présent, le seul mot de chômeur provoque les mêmes effets. Chacun possède sa propre vision de la chose et l’exprime souvent de manière tranchée, de la bienveillance à la sévérité en passant par une indifférence affichée. Le sujet n’est plus neutre. Beaucoup d’entre nous sont susceptibles de perdre emploi ou situation sociale. L’interruption d’activité, qu’elle résulte d’une démission, d’un licenciement, de la faillite d’une entreprise est généralement mal vécue par celui qui la connaît. Le premier sentiment que l’on éprouve est celui d’être socialement rejeté, exclu d’un groupe. Conjugué à la dévalorisation, le reproche est fait à soi-même de n’avoir pas su gérer la situation en termes de relations humaines ou d’affaires et d’être en grande partie responsable de ce qui en résulte. A cela s’ajoutent des préoccupations financières, des revenus qui connaissent soit un arrêt brutal, soit une diminution plus ou moins forte. Et l’obligation de faire face à des dépenses contraintes inhérentes – pour les impôts notamment – au train de vie des mois précédents. Le regard que l’on pense être porté sur soi par les autres, son conjoint, ses enfants, ses proches, devient forcément critique. La honte s’installe insidieusement, fait son œuvre au fil des mois. « Que faites-vous dans la vie ? » devient une question redoutée. Bref, on dort rarement comme un bébé.

“Celui qui bénéficie d’un réseau a davantage de chances de se remettre en selle”

Paradoxalement, les difficultés pour faire face à ce nouveau statut sont proportionnelles à la durée pendant laquelle on a occupé une fonction. Plus elle a été longue, plus le parcours sera dès le départ semé d’embûches. Après 15 ans ininterrompus ou davantage passés dans une ou plusieurs entreprises, se retrouver dans la peau d’une personne en recherche de poste, c’est plonger dans un monde inconnu dont on ignore les codes. Bien sûr, chaque parcours a son histoire et le chemin vers l’emploi sera plus ou moins long, plus ou moins ardu. Quel que soit son profil professionnel, celui qui bénéficie d’un réseau, d’un projet, a davantage de chances de se remettre en selle plus rapidement. Le propos n’est pas de brosser un portrait misérabiliste de ceux qui sont temporairement ou pour plus longtemps éloignés d’une activité. Quoi qu’il en soit, traverser une telle période est souvent compliqué à bien des égards.

La dernière chose que l’on souhaite récolter, c’est une réputation de profiteur vivant aux crochets de la société.

Devenu Ministre du Travail en avril 2014, François Rebsamen est visiblement peu à l’aise dans la fonction, semblant comme en intérim. Parachuté à la tête de ce ministère exposé après 13 ans de douceur municipale à Dijon, il est comme Candide chassé du meilleur des mondes possibles. Précipité dans les horreurs de la guerre sociale, il découvre semaine après semaine que la divine providence n’inversera jamais la courbe du chômage, en dépit du mantra présidentiel. Sans doute à la recherche de quelque solution, M. Rebsamen s’est rendu au Salon de l’Emploi de Paris voici quelques jours. Des manifestants l’y ont accueilli avec des seaux d’eau. Le ministre a prudemment annulé la visite qu’il devait faire aux Olympiades des Métiers de Lille le lendemain ainsi que celle prévue dans une agence Pôle Emploi. C’est dommage. Après avoir déclaré « Je demande à Pôle Emploi de renforcer les contrôles pour vérifier que les gens cherchent bien un emploi » en menaçant les contrevenants de radiation, il aurait pu y apprendre que les vérifications existent depuis fort longtemps. Appliquées automatiquement en dépit de ce que les médias prétendent, elles permettent aux uns et aux autres de faire un point sur les démarches initiées et sur leurs résultats. Il y a souvent un dialogue constructif entre Pôle Emploi et ceux qui y sont inscrits, lesquels reçoivent un accueil d’autant plus bienveillant que les agents eux-mêmes ont récemment connu la même chose.

M. Rebsamen serait bien inspiré d’aller à la rencontre des associations de bénévoles qui assistent cadres et non-cadres. Il pourrait y voir des talents en stand-by, l’expertise à l’arrêt et beaucoup de gâchis, tous ces gens qui n’aspirent qu’à travailler en contribuant à l’économie de leur pays et qui se désespèrent. Tous ces professionnels classés dans la catégorie des séniors parce qu’ils ont dépassé 45 ans, avec l’imagerie qui y est rattachée de gens usés et inutiles alors qu’ils sont l’exact opposé. Trésors d’expérience, de savoirs et souvent de sérénité, le professionnel aguerri piaffe d’impatience de pouvoir mettre son dynamisme au service de son métier voire même d’en changer. Las ! Le sénior demeure avec le junior sur le banc de touche. Parce qu’avoir 25 ans, ça ne va pas non plus. Pas assez d’expérience. Harassées de contraintes en tous genres, naviguant à vue dans le dédale administratif et l’instabilité fiscale, les entreprises voient de leur côté les carnets de commandes vides. Et embauchent peu. Quand ils ne trouvent vraiment pas, séniors et juniors se lancent dans l’auto-entrepreneuriat avec un courage qu’il faut soutenir et non torpiller. Ce que Madame Pinel n’a pas compris, provoquant par ses velléités réformatrices l’affolement du secteur pendant les deux ans passés comme Ministre de l’Artisanat et du Commerce. A sa décharge, elle n’a comme son collègue Rebsamen absolument aucune expérience du monde du travail.

La dernière réforme de l’assurance-chômage est entrée en vigueur le 1er juillet dernier. Elle a changé les règles d’indemnisation, introduit le système de droits rechargeables, simplifié le dispositif d’activité réduite, réformé les droits pour les intermittents du spectacle, entre autres modifications. Elle vise à faire économiser 400 millions d’euros annuels à l’UNEDIC. Cette réforme court jusqu’au 30 juin 2016, précédant une année d’élection présidentielle. Aucun changement majeur n’interviendra pendant les trois années qui viennent et lorsque l’Elysée assure qu’il y aura bien une autre négociation, c’est en sachant qu’il n’en sera rien. On peut donc agiter le chiffon rouge sans insulter l’avenir.

Vaine tentative pour détourner l’attention de la réalité des chiffres face à l’impuissance gouvernementale : 63 452 entreprises ont fait faillite en 2013 tandis que 6 millions*de personnes, toutes catégories confondues, sont inscrites à Pôle Emploi.

 

 

 

 

 

 


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