Bestiaire d’un scrutin sans mémoire

 

Ils sont là ! Même si, statistiquement, notre département n’est pas le plus envahi : ils sont là ! Les Rhinocéros pointent la corne. Toulouse reste encore une zone protégée, mais les banlieues et les campagnes ont déjà donné le ton. Les cantons Nord et Sud sont les plus affectés. Castelginest, Villemur-sur-Tarn, Auterive, Cazères, Muret… le Rhinocéros flirte avec les 30 % promis par les sondages au niveau national, ce qui ne tient personne à l’abri d’une surprise encore plus grande car, l’animal est un peu honteux et ne se livre pas dans les sondages. Il est prêt à dénoncer « le sidaïque » mais avoue assez peu être porteur de l’affection qui le touche : la rhinocérite, telle que définie par Eugène Ionesco dans la pièce éponyme. Pour rester en prise avec le niveau de déni sur lequel se sont installés les nouveaux Monsieur Bœuf issus de cette génération qui a fui les bibliothèques pour se nourrir au smartphone et à la téléréalité, disons qu’en certains endroits il suffit de prendre une chèvre et lui accrocher l’étiquette pour qu’elle soit, sinon élue, du moins en mesure de devenir un agent trouble du suffrage.

« D’où vient ce vent qui nous amène le remugle du blaireau ? »

Il est déjà trop tard pour se dire qu’il est trop tard. Quand on cherche à dater l’épidémie, on sort le carbone 14 pour réveiller le cadavre de François Mitterrand décoré de la Francisque, ami de René Bousquet et des labradors. Soit. Mais à Castelginest, Villemur, Cazères ?… D’où vient ce vent qui nous amène le remugle du blaireau capable d’écrire sur son compte Facebook : « Algérien : maladie mentale… ». Pourquoi Algérien ? La phraséologie, c’est plutôt « rat », non ? Plane sur notre ville l’odeur des Loups, non pas ceux de la vodka Eristoff ou « des produits laitiers », ceux d’Albert Vidalie. Mieux vaut préciser. Parce qu’il devient légitime de se demander si, au fond, nous ne sommes pas en train de recevoir un coup de pied de l’âne. Celui qui a consisté à faire de l’école un lieu où il n’est plus forcément utile de savoir lire et comprendre. S’il était encore rue Lautman, Jean-Jaurès nous couverait un ulcère.  Mais, c’est qui çui-là ? Quelle buse ! C’est la station de métro où se croisent les lignes A et B, en face du Mac Do. Mdr. Accessoirement, avant de porter le nom de la fac’ de Toulouse, il avait essayé d’expliquer dans une Lettre à la jeunesse que, « le courage, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». Impossible à « liker » sur Facebook, autant dire qu’il est mort. Adieu la mémoire. Notre ville a accueilli en 1939, 20.000 réfugiés espagnols, soit 10 % environ de sa population (le département 32.000 environ soit 7 %). Aujourd’hui, certains de leurs petits-enfants s’apprêtent à voter pour le retour du porc dans les cantines.  Et ils sont où, les éléphants ? Ceux qui ont « tenu » le département depuis la fin de la guerre, à grands coups de prébendes clientélistes dont le fameux « plaçou », comme on dit en Aveyron (trop d’Aveyronnais en Haute-Garonne, on pourrait en renvoyer quelques-uns chez eux, tiens), sport qui consiste à trouver un job au fils de (ou à sa maîtresse), pourvu qu’il prenne la carte ou pour le moins qu’il soit reconnaissant dans l’isoloir. Fini. Ils ont mangé la viande et laissent les os, leur cimetière n’est plus une légende. L’époque n’est plus aux histoires. Finis Ionesco, Jaurès, Vidalie et les républicains espagnols. L’ère appartient au dernier qui parle fort pourvu qu’il n’ait pas trop de vocabulaire et de quoi tweeter. On en attend, dimanche, les résultats jusqu’ici.

 

 


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