Robert Redeker
Robert
Redeker

Audrey Azoulay, l’inculture festive et l’ignorance de Verdun  

« J’aurais été soldat si je n’avais été poète ». Le chanteur Black M, déprogrammé des cérémonies en mémoire de la bataille de Verdun, connaît-il ce vers de Victor Hugo ? Et madame Audrey Azoulay, le connaît-elle ? A-t-elle jamais réfléchi, madame la ministre de la Culture, à ce qu’est un soldat ? À ce qu’est le souvenir de Verdun, dont à la suite de Jack Lang elle semble penser qu’il n’est qu’une occasion supplémentaire de faire la fête ? Sa consternante réaction – l’argument d’autorité dans sa version la plus imbécile : qui n’est pas d’accord avec moi est un fasciste qui pue, nauséabond – à l’annulation de ce concert le laisse supposer.

Nous sommes gouvernés par des personnes persuadées qu’il faut faire fête de tout, qu’il faut laisser la fête dévorer toutes les réalités, même les plus tragiques, pour les transformer en opportunités pour divertir l’esprit, s’amuser. Black M l’avait compris, en s’adressant aux spectateurs : « Je les invite à venir me voir, qu’ils aiment ou pas ma musique, on va s’amuser ».  S’amuser au souvenir des tranchées. La fête de la musique à l’ombre des charniers ! La mémoire de Verdun exige, à l’image de celle d’Auschwitz, autre chose : se recueillir, méditer, penser.

« Sans le soldat et sans le poète, la nation reste atomisée »

 

Ces trois verbes s’unissent dans un autre : comprendre. Comprendre le soldat. Comprendre le lien secret qui unité le soldat et le poète. Quel lien ? « Les poètes fondent ce qui demeure », a écrit Hölderlin. Le sacrifice du soldat fonde la permanence de la nation. L’écriture du poète fonde la langue et, chez les plus grands, réussit la fusion entre la langue et la nation. D’où les magnifiques vers de Péguy sur le sacrifice du soldat. Tous deux, le soldat et le poète sont des racines qui poussent loin dans la terre « charnelle ». Ce lien explique l’équivalence et l’alternative posées par Hugo entre le soldat et le poète.

Tous deux, le soldat et le poète, enracinent, par des voies différentes, les hommes dans une histoire. Par leur geste, ils fondent la nation. Sans le soldat et sans le poète, la nation reste atomisée. Chacun ne vaque qu’à ses affaires, nul n’est prêt pour le sommet par excellence qu’enseigne l’art de la guerre : se donner sans retour. Madame Azoulay, qui n’êtes pas ministre de l’inculture festive, savez-vous que plutôt qu’un concert, il eût fallu organiser, dans un silence de cathédrale, des lectures poétiques autour du sacrifice, de la mort généreuse, de l’horreur et de la grandeur de la guerre ? La lecture publique de Péguy y eût été tout indiquée.

 

 


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