Marianne Meyzen
Marianne
Meyzen
Membre du bureau de l'UDI 31

« Ambiance ! »

 

 

Les années ont conservé intact le charme de cette femme pétillante. Celle qui a commencé à travailler à 12 ans et demi comme apprentie d’un coiffeur de Lardenne s’anime à l’évocation de son parcours. A l’époque, Lardenne, c’est la campagne. Louisette Montastruc va donc travailler en ville quand elle intègre quelques années plus tard le salon Gustave, réputé pour prendre soin des perruques du Théâtre du Capitole. Un autre employeur la formera Rue Boulbonne. En 1954, c’est l’ouverture de son propre salon, dont on a fêté il y a quelques jours le 60ème anniversaire en présence de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse aux racines lardennaises et du maire de quartier Christophe Alves. Ecouter Mme Montastruc parler de son métier, c’est prendre une leçon de professionnalisme et de marketing. Le premier secret de la réussite, c’est le travail. Apprendre et devenir pro. Des coiffures crantées des 50’s faites sur les clientes du début, à présent wavy  dans les pages de Marie-Claire, aux chignons de soirée que l’on cherche à refaire en suivant les tutoriels de YouTube, rien de ce qu’elle a connu n’est démodé. La formation continue n’a pas non plus de secret pour elle, qui n’a pas hésité à se remettre en question pour passer de la mise en plis au brushing ou s’adapter aux nouvelles techniques de coupe ou de coloration. Le réseau ? Mme Montastruc en a appliqué le principe dès ses débuts, quand ses clientes l’ont fidèlement suivie de Toulouse à Lardenne. La transmission du savoir ? « J’ai formé plus d’une vingtaine d’apprenties. Elles arrivaient chez moi en ne sachant rien faire et je les menais jusqu’au Brevet» se rappelle-t-elle. Les anecdotes sont là, précises comme si elles dataient d’hier. Un jour, c’est Maurice Chevalier – dont le dentiste était toulousain- qui pousse la porte du salon en accompagnant l’une de ses amies. C’est, quelques années plus tard, le Préfet en fonctions qui, lors d’une cérémonie, félicite son action d’un « Madame, dans la vie, il faut toujours oser ! ». C’est surtout les moments vécus avec toute sa clientèle. « Un salon de coiffure, c’est comme un confessionnal, on se confie, on nous raconte tout ce qui a trait à l’intime. Je savais écouter. Il y a eu beaucoup de joie dans ce salon, des chagrins racontés aussi, des fous-rires souvent. Il y avait énormément d’ambiance ». L’ambiance, c’est ce qui donnera son nom à l’endroit. Catherine Abeilhou, sa fille, a pris le relais. Après une parenthèse qui a poussé les femmes à se tourner vers les salons ouverts dans les galeries marchandes, Catherine note un retour aux sources pour retrouver une personnalisation du service. Ses clientes le lui disent souvent. « Chez vous, on se sent attendues. Il y a davantage de contact ici que dans les salons franchisés où c’est impersonnel ».

 “Des interrogations pour l’avenir”

Quelle meilleure place qu’un salon de coiffure pour capter le ressenti d’une société qui manifeste une perte d’optimisme et une inquiétude réelle quant à son devenir ? Des interrogations pour l’avenir, c’est également ce qui est proposé aux apprentis par le gouvernement… Les Régions se sont vu accorder la compétence en matière de formation professionnelle et d’apprentissage. Et le problème récurrent de la formation des jeunes en alternance est son financement. Pendant les deux années de son CAP (puis du Brevet sur deux ans supplémentaires), un apprenti en formation est à l’école un jour et demi par semaine. Mise en place en 1996 et confiée aux Régions par la loi « Démocratie de proximité » de 2002, une prime est versée jusqu’en 2013 aux employeurs artisans pour compenser la rémunération versée les jours d’absence et la formation dispensée.

Tout en visant l’objectif de 500 000 jeunes en apprentissage d’ici 2017 (ce qui est déjà le cas outre-Rhin), le gouvernement a décidé sa suppression pure et simple pour l’ensemble des entreprises en juillet 2013. Devant le tollé provoqué tant du côté des professionnels que des filières d’enseignement, Chambres Consulaires et Régions pourtant majoritairement de gauche, le rétropédalage n’a pas tardé. Cette indemnité compensatrice n’a plus disparu que pour les entreprises de plus de 11 salariés. Quant aux TPE, le dispositif initial a été remplacé par une aide forfaitaire d’au moins 1.000 € versée par les Régions à compter du 1er janvier 2014. La réforme a également touché le crédit d’impôt accordé aux entreprises. Fixé à 1 600 € par année de formation quel que soit le diplôme préparé, ce crédit d’impôt à l’apprentissage a été limité à la première année de formation, le diplôme préparé ne pouvant être supérieur au BTS ou au DUT.

Catherine fait ses comptes. Pour une apprentie en formation, c’est plus de 1.000 euros bruts de financement annuel qui s’envolent et qu’elle doit compenser, alors que la crise impacte aussi le secteur de la coiffure. On ne peut que s’interroger sur la stratégie gouvernementale en termes de formation des jeunes et les errements qui ont affecté le contrat d’apprentissage depuis le début de l’année. Existant depuis plus d’un siècle, il demeure pourtant l’un des leviers essentiels pour contrer manque de qualification et chômage des jeunes.

Tout cela n’empêchera pas le salon Ambiance d’accueillir sa clientèle et de former ses apprenties, dont chacune peut se reconnaître dans le parcours de sa fondatrice, formidable exemple pour réussir son diplôme avant de suivre sa propre route …

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.