Nicolas Lafforgue
Nicolas
Lafforgue
Ma semaine précaire

«A quoi bon avoir des références ?»

Ils nous crachent au visage. Encore. Nous insultent, nous menacent. Sur les murs de notre ville. En toute impunité. Pas plus tard que la semaine dernière je lisais Daniel Bensaïd. “Penser, agir”. Un bouquin de 2008. C’est sûr, ce n’est pas un antisystème à la mode, mais franchement… Je n’ai jamais été à la mode. Daniel disait ça : «Ce qui est grave, c’est cet anéantissement, ce degré zéro du principe espérance, cette somnolence lourde et malsaine d’un présent sans passé ni avenir. Car la perte d’avenir menace aussi le passé.» Comme d’habitude, il frappe juste. Direct au foie. A force de nous expliquer que notre futur n’existe pas, on va bien finir par le croire. Et quand un futur n’existe pas, à quoi bon avoir une Histoire ? A quoi bon avoir des références ? Des penseurs ? Des héros ? YouTube nous vend des idoles et c’est bien suffisant. Bien suffisant pour aujourd’hui. « Interdite de rêve, la gauche officielle est malade de sa mémoire. Elle ne sait plus où elle en est de ses références fondatrices. Et le Pen engrange. Le Pen, c’est le portrait de Dorian Gray de la gauche aux affaires. Il lui renvoie l’image de ses reniements. On ne dira jamais assez la responsabilité de ceux qui ont reculé sur le droit de vote des immigrés. » C’était en 2008 et ils reculent encore. Toujours. A trop reculer, on finit dos au mur, et sur ce mur il y aura toujours une insulte pour nous rappeler tout ce que nous avons raté.

Nicolas Lafforgue (chanteur du groupe “Bruit qui court”)

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UN COMMENTAIRE SUR «A quoi bon avoir des références ?»

  1. Patrick Aubin dit :

    Nicolas,

    Il semble que l’effacement des références soient plus qu’indispensable pour la gauche socialiste et communiste d’aujourd’hui. Car l’histoire n’est pas bien belle pour les socialistes en matière d’antisémitisme.

    En ne considérant même que la littérature socialiste des 2 siècles passés, nous observerons que des marques très claires d’antisémitisme peuvent être trouvées chez d’innombrables théoriciens du socialisme et du communisme.

    Karl Marx dénonçait dans “La Question Juive” le judaïsme comme « un élément antisocial général et actuel » et appelait à « émanciper l’humanité du judaïsme », dans des termes assez peu clairs. Il n’était pas le seul, à cette époque, à être tombé dans cet abîme.

    En France, notamment, ce fait est tout à fait clair. Toute étude un tant soit peu approfondie sur la genèse de l’antisémitisme dans notre pays témoigne du fait que le socialisme en fut l’un des plus actifs promoteurs et diffuseurs. Citons David Shapira, le grand historien de l’antisémitisme, et son ouvrage sur Les Antisémitismes Français. : « La troisième et dernière composante qui marque cette période précédant l’avènement de la IIIe République appartient au camp de la gauche socialiste qui s’affermissait au rythme de l’industrialisation. C’est le groupe le plus important et le plus militant du camp antisémite. Certes la logique aurait voulu que ceux qui combattirent l’exploitation et la discrimination et qui luttèrent pour une nouvelle société, plus juste et meilleure, se fussent gardés d’ex- primer des sentiments de haine anti-juive marquante. Mais où se cache la logique lorsque l’antisémitisme se présente comme un argument fondé et rationnel ? Il est édifiant d’apprendre que les idéologues fondateurs du socialisme ont été ceux qui contribuèrent le mieux à répandre l’antisémitisme en France. »

    Commençons avec le socialiste français Pierre Leroux, celui qui fut le premier à faire usage du mot « socialisme » lui-même. Leroux évoquait l’ « esprit Juif » en ces termes : «C’est assez évident pour moi, mes amis, que lorsque nous parlons des Juifs nous avons en tête l’esprit Juif, l’esprit du profit, du lucre, du gain, l’esprit du commerce, de la spéculation, en un mot, l’esprit du banquier. »

    Proudhon ensuite grande figure du socialisme anarchique français. Ses propos sont si terribles que nombreux sont les auteurs qui ont eu du mal à les commenter : « Juifs. Faire un article contre cette race, qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Par le fer ou par le feu, ou par l’expulsion, il faut que le juif disparaisse. Tolérer les vieillards qui n’engendrent plus. Travail à faire. Ce que les peuples du Moyen Age haïssaient d’instinct, je le hais avec réflexion et irrévocablement. La haine du juif comme de l’Anglais doit être notre premier article de foi politique. »

    Je peux citer aussi Charles Fourier et Alphonse Toussel, socialistes utopiques, le bien connu Émile Zola, avec son roman “l’Argent”, mais aussi le vénéré socialiste Jean Jaurès lui-même.

    Très clairement, le Juif n’est pas un bouc-émissaire sélectionné par hasard par le socialisme pour croître sur certaines autres bases plus « nationalistes » et/ou impérialistes. Il était le bouc-émissaire naturel de l’anticapitalisme et de l’antilibéralisme, et il n’est pas étonnant de voir que ce sont Charles Fourier, l’organisateur de société, Karl Marx, le théoricien de l’anticapitalisme, Pierre-Joseph Proudhon, l’adversaire de la pro- priété privée, et Jean Jaurès, l’homme politique socialiste, qui sombrèrent dans cette tendance. Chez aucun des auteurs libéraux comme Alexis de Tocqueville, Adam Smith, Benjamin Constant ou Frédéric Bastiat… tu ne trouveras jamais de traces d’antisémitisme. Jamais !

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