Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

« A la recherche du politique perdu »

La précampagne présidentielle semble mobiliser un certain nombre de chroniqueurs et d’analystes trop heureux de tenter de démêler une “Guerre de succession” qui ressemble de plus en plus à un “match retour”.  Un nouvel affrontement entre l’ancien président et le président sortant que 72% des Français disent ne pas vouloir. Mais le temps des campagnes engagées n’a pas attendu, les grandes manœuvres ont commencé dans “un troublant parallélisme des formes “souligné par N. Segaunes et L. Vigogne (in “L’Opinion”) : mainmise sur le parti, maîtrise de la primaire, neutralisation des rivaux, désignation de l’autre comme rival préféré, affichage d’une vie privée harmonieuse (Julie Gayet, en même temps à la une de Paris-Match et présente au Mont-Valérien). Les deux protagonistes étant convaincus que la prochaine présidentielle se jouera sur les valeurs plus que sur l’économie. Face aux deux protagonistes, deux outsiders : Marine le Pen presque décidée à engranger aux Régionales de la Région Nord Pas de Calais les dividendes d’un populisme d’autant moins d’essence “néo-fasciste” que le meurtre du père a presque eu lieu ; François Bayrou convaincu qu’il pourra endosser le costume de l’homme providentiel, porté qu’il sera par tous ceux qui ne voudront pas du match retour de 2012.

« Et à chaque fournée électorale on constate que le niveau baisse … »

« L’histoire ne se répète pas, elle bégaie » écrivait Karl Marx, quand Jacques Bainville décrivait la politique ainsi : « C’est un métier, un métier fort chanceux, exercé par quelques professionnels de la démagogie. Et à chaque fournée électorale on constate que le niveau baisse… La vérité est que nos contemporains n’admirent personne, ne respectent personne et qu’ils n’ont confiance en personne ». Les Français veulent d’autant moins le remake de 2012 que leur désenchantement vis-à-vis du politique ne peut que croître, étant à la « recherche du politique perdu » comme le souligne G. Balandier dans son dernier ouvrage qui nous offre un récapitulatif de l’inventaire auquel devra répondre chacun des candidats dès le premier tour : 1/ l’accélération des transformations sociales contrarie la capacité du pouvoir politique, 2/ la mondialisation engendre la subordination du pouvoir politique, 3/ Le global, la planète, ne forment pas encore le territoire politique de l’espèce humaine, 4/ Les Nations de l’Union Européenne entretiennent leurs rivalités économiques dans l’effacement politique, 5/ La Présidence devient la source principale du symbolisme politique, 6/ Le pouvoir de l’immatériel fait accéder à l’ambiguïté de la transparence ; les machines se retournent contre les pouvoirs dont elles revêtent des secrets, 7/ La crise de la démocratie est désormais visible, 8/ La crise de la pensée politique s’aggrave d’une crise morale au sein d’une démocratie amorale, 9/ La République en difficulté porte en elle une incroyance opportuniste ou des perversions de la croyance dont usent les mouvements populistes. C’est, semble-t-il à l’aune de ces huit points que devrait se penser le projet sociétal des prochaines présidentielles.

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.