Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

À chaque étage sa mauvaise foi…

Ce matin, j’ai décidé d’aller au marché, avec l’objectif d’appliquer la règle des cinq fruits et légumes par jour. Pour être tout à fait honnête avec vous,  je n’ai jamais réellement compris cette formule. Dois-je manger cinq fruits et cinq légumes dans la journée, ou bien la totalité de ce que je dois ingurgiter doit faire cinq ; et dans ce cas, dois-je prendre deux fruits et trois légumes, ou le contraire ? C’est fou ce que les slogans publicitaires peuvent nous abrutir, me voilà réduit à raisonner comme un légume.

Enfin bon, une fois mon cabas bien rempli, je prends le chemin du retour, quand je tombe sur un attroupement de gens qui regardent en l’air. Je m’approche, curieux, au même moment un policier se met à parler dans un haut-parleur : « Écoutez-moi, Monsieur, soyez raisonnable, ce n’est pas une solution. Les pompiers arrivent pour vous aider à descendre et on va pouvoir parler, d’accord ? »

L’officier s’adresse à un homme réfugié sur le toit de son immeuble ; il menace de mettre fin à ses jours, en se jetant dans le vide. Il braille des choses incompréhensibles et semble déterminé; au sol, l’ambiance est tendue.

Soudain nous sommes bousculés par une vieille dame courbée, armée d’un caddy roulant qui se fraye un chemin vers l’entrée de l’immeuble. Le Policier l’arrête et lui demande où elle compte aller, « hé bé, j’habite là, je rentre chez moi ! »

Le fonctionnaire est catégorique : « vous ne pouvez pas entrer chez vous, Madame, pas pour l’instant. Il y a un homme là-haut que je dois d’abord raisonner . »

 

« Tu ne vas pas nous emmerder toute la journée »

 

La vieille dame recule vers nous, se redresse, regarde en l’air et se met à crier « Saute ! Vas-y, saute qu’on en finisse, tu ne vas pas nous emmerder toute la journée. Saute et laisse-moi rentrer préparer à manger.»

L’agent se rue sur la mamie, « non mais ça ne va pas, vous voulez qu’il y ait un drame ! Qu’est-ce qui vous prend ? »

La vieille dame brandit sa canne menaçante en direction du fonctionnaire : « Ecoutez-moi, jeune homme, le bougre d”andouille qui est là-haut, c’est mon mari, il me fait le coup chaque fois que je rentre des courses, alors laissez-moi faire. »

Elle lui arrache le haut-parleur des mains et s’adresse à son époux : « Bon tu sautes maintenant, je n’ai pas que ça à faire, moi »

Le Papy : « Ah tu voudrais que je saute hein ? D’accord ! Mais d’abord dis à tout le monde que tu me donnes des coups de canne,  quand je ne veux pas manger tes bouillies et que tu ne me laisses jamais regarder la télé. Avoue que tu me bats et je saute ! Ah tu ne parles plus là ! Bon maintenant que tout le monde sait, je rentre regarder mon émission et je te laisse t’expliquer avec la police. Pour une fois, tu n’auras pas le dernier mot ».

Le couple devant moi, éclate de rire et je ne tarde pas à faire de même. Je discute un moment avec eux de ce pauvre grand-père, quand le mari conclut en regardant sa femme : « Tu vois, Monique, jusqu’où les femmes peuvent pousser les hommes! Bon allez, qu’est-ce qu’on mange à midi ? » Là, elle me regarde, et avant de partir me dit « vous voyez Monsieur, l’homme de mauvaise foi, a toujours faim de moralité ! Bon appétit !… »

 

 

 

 


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