Interview Jean-Luc Moudenc

Ancien Maire de Toulouse, responsable de la mise en place du premier dispositif en 2001.

 

Votre définition de la démocratie locale ?

La démocratie locale est l’idée que le citoyen a son mot à dire, et pas uniquement tous les 6 ans avec un bulletin de vote. C’est un état d’esprit, ce sont des pratiques au quotidien pendant l’exercice d’un mandat. Des pratiques qui permettent d’associer le citoyen à la décision avec un processus permanent d’échange et de concertation.

Sous votre mandature, un dispositif démocratie locale existait ?

Oui, nous avions créé les Maires de quartier dès 2001. A l’époque j’étais l’adjoint en charge de leur coordination. Nous avions divisé la ville en 17 quartiers et nommé un élu à la tête de chacun. Nous avions également constitué une commission consultative composée d’élus, de représentants d’associations et de citoyens. Nous avions commencé le travail par un diagnostic précis de chaque quartier. Ce diagnostic était inédit car une partie s’appuyait sur des monographies issues du travail des services municipaux, et l’autre partie consistait en un diagnostic partagé avec les citoyens. Il nous a permis d’identifier certains problèmes et de définir des priorités. Toutes ces informations ont été formalisées par un projet de quartier qui a été soumis à chaque Toulousain. Entre 2001 et 2008 nous avons réussi à mettre en œuvre 80 à 90% de ces projets. Ce fut une période de progrès pour la ville, et cela nous a permis d’améliorer le service public dans le cadre de nos compétences.

 

 

« On a éloigné les élus du citoyen, c’est une régression»

 

Que pensez-vous du dispositif actuel ?

Il y a eu un élargissement de la démocratie locale. Cela s’est traduit sur le plan culturel, sportif, pour les communautés étrangères, l’artisanat et le commerce, les étudiants, les séniors…Je trouve l’approche intéressante et j’approuve cette dimension plus large. C’est un point de convergence. Toutefois, avec quatre années de recul, le bilan est nuancé. J’ai participé à plusieurs réunions de quartier car je reste un élu qui aime le terrain. Je constate que l’outil s’est alourdi et complexifié. Il y a souvent une distorsion entre les thèmes choisis par l’exécutif municipal et ce que les gens attendent. Bien souvent lorsque la salle a la parole, il s’agit de sujets plus concrets, plus « du quotidien ». Les élus prennent acte mais c’est tout. Il y a eu des frustrations et des déceptions, ce que je trouve dommage car il y a eu un vrai progrès dans la représentativité. Les Toulousains sont laissés sur leur faim. La suppression des Maires de quartier a été une erreur. Ils ont voulu se démarquer de notre bilan mais c’est une erreur car du coup il n’y a que six interlocuteurs sur toute la ville. 75 000 habitants en moyenne par adjoint de secteur c’est trop ! Comment être dans la proximité dans ces conditions ? On a éloigné les élus du citoyen, c’est une régression.

Quelle démocratie locale proposer aux Toulousains ?

La leçon que je tire est qu’il faut veiller à sauvegarder la volonté de la collectivité avec celle des Toulousains. L’opposition proposera en 2013 un projet pour Toulouse. Il se déclinera sur trois dimensions d’intervention : le quartier, la ville et l’agglomération. Ce sera une nouveauté ! Nous rétablirons les Maires de quartier pour répondre au besoin de proximité. Il faut des élus qui se sentent responsables.

 

Marie-Agnes Espa

*Promulguée le 27 février 2002, et faisant suite aux propositions de la Commission Mauroy pour l’avenir de la décentralisation, la loi relative à la démocratie de proximité prévoit notamment la création de conseils de quartiers ou la « démocratisation » des mandats locaux.

 

 



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