Valeurs d’en France

Alors que la grippe porcine est déjà pandémie, les nouvelles de licenciements tombent comme à Gravelotte suscitant colères et séquestrations au point de susciter les commentaires de de Villepin relatifs au «risque révolutionnaire» existant dans la France contemporaine toujours en panne de vraie campagne européenne en dehors des prestations inattendues et drolatiques de notre Garde des Sceaux, l’actualité nous balade du record du monde du 100 mètres nage libre d’Alain Bernard (homologation ou non à cause de la combinaison ?) aux consommateurs qui boudent les grandes surfaces, des talibans qui avancent sur Islamabad au procès du Professeur Viguier à Toulouse (forte médiatisation à la veille d’une deuxième semaine décisive où l’intime conviction des jurés clôturera temporairement – avant l’appel – un «procès hors normes»). Au cœur de ce moment de notre histoire contemporaine, le journal Le Monde publie les résultats d’une enquête approfondie menée tous les neuf ans depuis 1981 qui permet notamment de découvrir que les nouvelles valeurs des Français sont l’égalité, la tolérance, le travail et le bonheur et que se dessine une société française de plus en plus individualisée avec des citoyens de plus en plus soucieux de leur autonomie, de leur épanouissement et de leurs choix personnels tout en n’étant pas plus individualistes et adeptes du “chacun pour soi” qu’au cours des trois décennies précédentes.

 
Quelles sont donc les principales leçons de cette enquête ?
Tout d’abord les valeurs de gauche et de droite sont aujourd’hui beaucoup plus en camaïeu qu’autrefois, chacun composant son mélange de convictions politiques, en général quelque peu décalé par rapport aux grands systèmes constitués. D’autre part, la demande d’égalité devient plus importante que celle de liberté et la tendance à une réévaluation du rôle de l’État se renforce. Ensuite il est à noter que la norme antiraciste progresse et les valeurs de tolérance s’affirment ; ce qui n’empêche pas le sentiment de fierté nationale de se raffermir et l’ouverture à l’Europe de rester une profonde source d’inquiétudes : portrait donc d’une France plus ouverte, tolérante et “humaniste” que ces trente dernières années. Concernant le travail, il constitue une valeur essentielle aux yeux des Français : travailler constitue une obligation sociale ; en travaillant, l’homme actualise ses potentialités et affirme son identité d’être socialisé ; “travailler plus” est une nécessité, pas forcément pour gagner plus. Enfin il apparaît qu’une demande croissante d’ordre public s’affirme, conjuguée à un désir accru de liberté privée avec une banalisation du libéralisme des mœurs.
Au vu de tous ces éléments les conclusions de cette étude passionnante pour le Politique, l’Économique et le Social montrent «qu’en 2007, Sarkozy n’a dû sa victoire ni à une illusoire montée du libéralisme économique dans l’électorat ni à une non moins illusoire montée de la xénophobie mais à l’habileté avec laquelle il a su fédérer sur son nom des électeurs très divers idéologiquement, y compris un gros contingent d’anciens électeurs du Front National». L’avenir nous dira qui saura, parmi les partis et les hommes politiques, s’inscrire idéalement dans le nouveau cocktail de valeurs qui caractérise les sociétés développées contemporaines : liberté privée et ordre public.
Plus que jamais le moment est venu de “réinventer la démocratie” qui, selon Claude Lefort, «s’institue et se maintient dans la dissolution des repères de la certitude et inaugure une histoire dans laquelle les hommes font l’expérience d’une indétermination dernière quant aux fondements du Pouvoir, de la Loi et du Savoir, dans tous les registres de la vie sociale».

Stéphane Baumont



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