Une solitude peuplée

Dans l’écume des vagues médiatiques qui transforment souvent l’actualité en “storytelling”, c’est-à-dire en petites histoires qu’on aime ensuite à raconter ou qu’on s’applique à voir à travers des images que les zapping rendent emblématiques, certaines ont marqué la semaine et caractériseront le mois à venir.

 
La naissance du deuxième grand groupe français bancaire né de la fusion Caisse d’Épargne-Banque Populaire et la nomination contestée de son nouveau Président Pérol illustre le rôle croissant de l’État et la renaissance d’une forme de démocratie providentielle et d’une régulation accrue de l’État (l’économique est saisi par le Politique après l’avoir été par le droit) ; l’autonomie des Universités et la nouvelle réduction d’un décret dans l’espoir, selon le sociologue Bruno Latour que «les universitaires ne confondent plus la dépendance à l’État avec la garantie de l’excellence» : le conflit devrait peu à peu s’éteindre ; la crise des Antilles et de l’Outre-Mer pose structurellement le problème de l’avenir ultra-marin agité par des forces “révolutionnaires“ soucieuses d’indépendance et de reconnaissance d’identité et pourrait connaître une rupture institutionnelle avec les États généraux de l’Outre-Mer en avril où les articles 73 et 74 de notre Constitution pourraient orienter nos archipels vers un éventuel destin néo-calédonien, c’est-à-dire d’une forme d’autonomie ; la levée de boucliers suscitée par le Rapport Balladur, s’attaquant au “mille-feuille” de l’organisation territoriale française, montre que l’administration du territoire est, en France, une question éminemment politique ; la bronca contre le redécoupage des régions va inévitablement déboucher sur une phase de concertation des élus avant la présentation d’une loi-cadre au Sénat qui aura quelques difficultés à produire le consensus souhaité par le Chef de l’État en la matière.
Une Chef d’État dont on se demande s’il est capable de se remettre en question au moment où les sondages persistent à le donner à la baisse, le Premier ministre n’ayant jamais joué le rôle de fusible et de paratonnerre puisque c’est le Président qui «détermine et conduit la politique de la Nation» et non le locataire de Matignon, le quinquennat présidentialisant, plus que sous les septennats précédents, le régime déstabilisé et déséquilibré par la faiblesse des contre-pouvoirs. À l’hyperprésident ne correspond pas pour l’instant un hyper parlement : il faut sûrement attendre la mise en œuvre et en musique de la Révision du 23 juillet 2008 ; il ne faut pas rêver non plus : notre régime a ses pesanteurs de monarchie républicaine rompu seulement par les trois périodes de cohabitation ; l’activisme et le volontarisme bonapartiste du Chef de l’État ne le quitteront jamais, il est donc illusoire d’espérer que, comme l’autre, il en vienne subitement à “donner du temps au temps”. Contrairement à ce que souhaitent certains de ses amis, la méthode de Nicolas Sarkozy est avant tout existentielle avant d’être fonctionnelle : candidat à la Présidence ayant gagné son pari, il veut être candidat à la réussite de toutes ses ruptures préconisées en profitant de la personnalisation du pouvoir et de la présidentialisation du régime pour faire valoir son éthique de conviction et de responsabilité : c’est en cela d’ailleurs qu’il est à la fois gaullien et gaulliste et qu’il veut avancer suffisamment vite pour éviter que les vagues du temps ne viennent à un moment le bousculer : au contraire dès qu’elles surgissent, il y fait face et les combat… jusqu’à présent sans trop d’échecs mais dans une solitude insuffisamment peuplée.

Stéphane Baumont


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