Un Nobel qui dérange

Thomas SimonianIl y a d’abord la fierté. Celle de compter désormais sur nos terres un prix Nobel. Il y a ensuite un constat de réussite. Celui de la Toulouse School of Economics (TSE), une école au concept original venu des États-Unis, mêlant public et privé dont Jean Tirole, le tout nouveau prix Nobel d’économie, est le président du conseil d’administration. Ainsi, Toulouse rime une nouvelle fois avec innovation et modernité… Une habitude qui fait la richesse de notre histoire. La ville rose est en pleine lumière avec cette consécration, sachons donc en profiter.

Et pourtant, ce prix Nobel d’économie est beaucoup plus politique qu’il n’y paraît. Les travaux de Jean Tirole viennent clairement titiller un exécutif qui avait besoin de tout en ce moment sauf de ça. Il est même amusant de constater que certains communiqués saluant le sacre du Toulousain sont souvent signés par des plumes qui ne soutiennent absolument pas les thèses avancées par le chercheur. À l’heure ou Emmanuel Macron est vilipendé par ses propres amis pour s’avancer sur des terrains flirtant avec le libéralisme, c’est donc Jean Tirole qui récolte le Nobel.

 

« Un encouragement à décloisonner les débats »

Parmi ses pistes de réflexion notons : le marché du travail, la régulation des infrastructures télécoms, la taxation écologique, le comportement des marchés financiers… Des thématiques qui créent aujourd’hui le tumulte dès qu’un membre du gouvernement les aborde. Des thématiques qui scindent la gauche en deux. Des thématiques qui sont pourtant bien les clés pour sortir un pays du marasme. Il est donc intriguant de constater que les réponses apportées par Jean Tirole sont celles qui divisent l’opinion et la classe politique aujourd’hui. L’économiste toulousain pousse à la réforme un pays qui tente encore de résister à ses fondamentaux… Ce Nobel est donc bien un encouragement à décloisonner les débats, et à se dire qu’il faut désormais avancer sans tabous. Que vaincre la crise, c’est aussi vaincre un conservatisme qui n’a plus lieu d’être.

Alors oui, nous devons clairement fêter cette récompense pour ce qu’elle est… Mais profitons-en également pour se poser les bonnes questions, celles posées par Jean Tirole. Simplement se dire que nous ne sortirons pas de l’impasse sans courage. Sans réformes. Facile à dire ou à écrire… Certes. Mais un économiste n’est pas là pour diriger un pays ou une collectivité. Il est simplement là pour proposer des pistes de réflexion. Le courage devrait donc être une vertu destinées aux élus… Un doux rêve, non ?



UN COMMENTAIRE SUR Un Nobel qui dérange

  1. Nouveau Bretton Wood dit :

    Jean Tirole et le comportementalisme économique français… ou comment « anticiper » sur les orientations des marchés financiers et l’emporter, … à condition que le « grand jeu » ne soit pas remis en cause :
    ” Remarquons que Jean Tirole et Olivier Blanchard ont écrit ensemble un texte sur la « Réforme du Fonds monétaire international ». Or on retrouve aujourd’hui Olivier Blanchard « chief économist » du FMI, ayant présidé avec Dominique Strauss-Kahn à l’organisation du G20 de Londres qui a donné à l’institution de Washington les premiers grands moyens pour qu’elle joue le rôle de « chien de berger » dans la « gouvernance mondiale ». Blanchard reconnaît lui-même avoir « contribué à mieux faire comprendre les positions des uns et des autres », soit en clair avoir joué un rôle déterminant, avec Lawrence Summers, dans le retrait de toute allusion au Nouveau Bretton Woods. “

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