Un Guantanamo des subprimes ?

Débâcle immobilière, pani-que boursière, intervention in extremis sur le mode de nationalisations ou de capitalisme d’État, nous sommes en train de vivre la plus grave crise financière depuis 1929 : le sauvetage imaginé par Henry Paulson, le Secrétaire au Trésor américain, ne convainc pas tout le monde (les Français se font d’abord confiance en eux-mêmes à 55 %, avant de la manifester à Nicolas Sarkozy (47 %) aux banques (47 %) au FMI (39 %) ou à l’opposition de gauche (26 %)).

 
Ce plan Paulson utilise sans vergogne l’argent du contribuable sans aucune contrepartie, dénonce l’économiste Paul Krugman tandis que Nick Leeson, le trader qui avait fait couler la Barings en 1995, demande que soient poursuivis les vrais responsables du désastre c’est-à-dire les banquiers : Pierre-Antoine Delhommais, économiste réclame «un Guantanamo des Subprimes» au banc des accusés duquel on retrouverait selon lui les familles Clinton et Bush, John Mac Cain et Barack Obama mais aussi AlGore sans oublier Alan Greenspan dont le laxisme monétaire a fabriqué la gigantesque bulle qui vient d’éclater ; et d’y ajouter «tous les ministres français de l’économique qui, depuis 20 ans, ont tous œuvré à la libéralisation et à la dérégulation des marchés financiers».

 


Il y a quinze ans on ne parlait pas de subprimes mais l’économiste John Kenneth Galbaraith s’inquiétait déjà dans son livre La République des satisfaits ou la culture du contentement aux États-Unis du «permis de dévaster» accordé à la finance. Formule forte, d’une étonnante actualité, reprise par la journaliste Marie-Paule Virard dans La finance mène-t-elle le monde ? où elle estime, notamment dans l’affaire Kerviel que «derrière la défaillance humaine, il y a en réalité tout un système qui est organisé pour faire un maximum de profits dans un minimum de temps».

 


Culture du mécontentement ?

La crise financière produit maintenant une prise de conscience. Pas de principe de précaution hier, volonté d’appliquer une forme de principe de responsabilité à la Hans Jonas aujourd’hui comme si le discours des politiques voulait donner l’impression à leurs gouvernés qu’ils n’ont pas que l’illusion du pouvoir face aux financiers et autres banques et multinationales mais un réel pouvoir. Le politique a été hier saisi par le droit ; aujourd’hui il ne veut pas donner l’impression d’être emporté par la finance dans son déferlement “tsunamien”.

 


Il n’empêche. Nombre de territoires de chasse de la spéculation restent à l’écart des contrôles portant en germe excès, dérapages et dangers en tout genre. C’est notamment le cas du pétrole (dont les deux tiers du marché à terme opéreraient de gré à gré) mais aussi de quantité d’autres marchés, notamment de produits dérivés ou le marché des changes. C’est peut-être le moment d’écouter des financiers comme George Soros qui demande que les entités non régulées, comme les hedge funds ou les fonds souverains soient l’objet, elles aussi, d’une supervision réglementaire.
Curieux paradoxe : nous vivons une époque très normée, sauf en matière de capitalisme débridé. N’est-il pas temps que la spéculation soit “tenue en laisse” pour éviter que la planète finance ne finisse par tyranniser l’économie réelle et mette en péril le système financier dans son ensemble. À défaut de quoi c’est la culture du mécontentement qui régnera. Olivier Besancenot et son NPA sont déjà là pour en récolter les fruits !

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.