Sanofi : Retour vers un futur ?

Dans la matinée du 17 mai dernier, les salariés du géant pharmaceutique Sanofi en ont appris un peu plus sur leur avenir. Jean-Pierre Saintouil, chargé de la mission de proposer des solutions pour le maintien du site toulousain par le Ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, a remis son rapport à ce dernier dans les locaux de la préfecture toulousaine. Un répit de cinq ans pour mettre en place des solutions de restructuration alternatives.

 

«Ces propositions sont un compromis entre le désir des uns de ne rien changer et des autres de tout fermer. Une stratégie gagnant/gagnant par la voie du compromis» se félicite le Ministre du Redressement productif. Arnaud Montebourg était ce vendredi 17 mai, de passage à Toulouse pour recevoir le rapport de la mission dont il avait chargé Jean-Pierre Saintouil. Cette mission avait pour but, après expertise du site, d’émettre des propositions permettant de maintenir l’emploi et l’expertise scientifique du site Sanofi toulousain. Dans son plan de restructuration, rendu public en juillet 2012, Sanofi annonçait un remaniement en profondeur de l’organisation de ses activités de recherche et développement (R&D), spécialisant les sites par domaine thérapeutique et concentrant les efforts sur un nombre limité de programmes à fort potentiel. Ainsi la «branche cancer» du géant pharmaceutique se réunissait sur deux lieux, Vitry et Boston, bien loin du site toulousain de l’Oncopole. La double mission de Jean-Pierre Saintouil et de l’expert scientifique, le professeur François Amalric, a été de dégager des solutions pour conserver un maximum d’emplois à Toulouse tout en tenant compte de la nouvelle politique de structuration interne de la société. Une équation complexe, dont, probablement, certains tenants et aboutissants nous échappent, les logiques des grands groupes internationaux étant lointaines. Le fait est que, toutefois, ce rapport propose une «photo instantanée» de la situation du site à Toulouse, mais aussi de son environnement scientifique et industriel, direct et indirect.

 

 

 

Cinq ans et cinq axes

 

De cette analyse, menée en quatre mois, les experts concluent dans le rapport que «Sanofi devrait maintenir sa bannière sur le site de l’Oncopole pour trois types de considérations : politique, compétences scientifiques et opportunité opérationnelle». «Politique» parce qu’il s’agit d’un site historique de la société et que «ses personnels ont contribué à son essor». En outre, la présence de cette entité a pesé dans le choix de l’État d’investir sur le site de l’Oncopole toulousain. «Compétences scientifiques» car le risque, pour l’entreprise, de perdre un si grand nombre de personnes autant qualifiées scientifiquement est important, l’acceptation de mutations n’est pas un allant de soi. «Opportunité opérationnelle» parce qu’aujourd’hui et dans les années qui arrivent, le site de l’Oncopole sera hôte de nombreuses structures liées au cancer, dont l’Institut Universitaire du Cancer (IUC) ou le Centre de Recherche en Cancérologie de Toulouse (CRCT) par exemple. C’est sur la base de ces constats que les deux experts ont travaillé à des propositions (voir notre encadré) qui pourraient être «acceptables» pour le géant pharmaceutique. Pour Arnaud Montebourg «les difficultés que connaît la France doivent nous amener à nous unir». Selon le Ministre, lors de la rencontre qui a eu lieu plus tôt dans la matinée entre les différents protagonistes de l’affaire, Christian Lajoux, le Président de Sanofi en France «serait prêt à faire de ce rapport sa feuille de route, mais n’ira pas au-delà». Un énorme progrès pour le Ministre qui considère que c’est «un point de redémarrage du dialogue social».

 

 

Un quinquennat d’activité et après ?

 

Pour Jean-Pierre Saintouil, «les propositions ne vont pas à l’encontre de la stratégie de restructuration de Sanofi». Dans les propositions, d’ailleurs, le développement et la recherche semblent être des éléments séparés. Christian Lajoux, lui, se montre plus prudent. Aux questions des journalistes, il explique qu’il vient «de découvrir le rapport». Un des points positifs qu’il souligne est l’ouverture aux académies, aux Universités, aux PME. Pour le président, «Sanofi est une société parmi les plus sociales et les plus attentives et s’il n’y a pas suffisamment de départs à la retraite volontaires, les personnes seront orientées vers un processus de réorientation professionnelle». Il explique que ce rapport sera la feuille de route, que Sanofi accompagnera la transformation du site.

Pour les «Sanofistes», la tendance reste à la méfiance, voire à l’ironie pour certains. Le Ministre a «fait un petit tour et puis s’en va», les saluant rapidement avant la conférence de presse dans une certaine cohue. Rassemblés devant la préfecture, ils ont lu ensemble les propositions du rapport. Ce dernier servira peut-être de garantie dans les prochaines négociations et rouvre néanmoins la porte au dialogue. Le scepticisme est pesant notamment sur deux points : la durée : 5 ans et après ? Et l’externalisation d’une partie des activités qui pourrait apparaître comme un premier pas vers le désengagement local de la société. Les négociations devraient se poursuivre rapidement.

 

 

Les cinq grands axes du rapport

1 Création d’un centre d’ «Open Innovation» qui permettra de détecter et de tester de nouvelles molécules qui seront ensuite, selon les premiers résultats obtenus sur ce site, acheminées vers les entités thérapeutiques.

2 Regroupement des fonctions support Sanofi en deux types d’activité : les fonctions transverses au groupe et la mise en place d’une Plate-forme de «Services supports mutualisés»

3 Des laboratoires communs avec l’Université et les Établissements Publics à caractère Scientifique et Technologique (E.P.S.T)

4 Implantation d’une spin-off dans le domaine de l’Oncologie, pour développer des solutions thérapeutiques innovantes dans les traitements en ciblant le micro environnement tumoral

5 Hébergement de starts-up. Sur les huit projets déposés cinq paraîtraient viables, elles bénéficieraient de la qualité des installations Sanofi.

 

 

Marie-Agnès Espa



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